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BIM : =??b?TCfpbWVyZ2VuY2U=?= de normes sociales en microfinanceCe BIM a été préparé par Florent Bedecarrats (GRET/CERISE), qui réalise une thèse sur la gouvernance en microfinance. Il résume un article présenté le 2 juin dernier lors dune conférence du Centre Européen de Recherche en Microfinance (CERMi) à Bruxelles. Une gouvernance complexe, structurée par des normes communes La gouvernance de la microfinance est hétérogène et complexe, articulant différentes échelles, à la fois locale (« micro » finance) et nationale, les Etat encadrant de près les activités financières de détail. Mais il sagit également dun champ mondialisé, qui fait intervenir des divers acteurs transnationaux : ONG, agences de coopération, investisseurs, entrepreneurs privés, organismes multilatéraux, etc. En outre, la microfinance a été conçue comme un outil au service du développement tout en restant ancrée dans le secteur marchand, marquant une ambivalence qui brouille des distinctions traditionnellement établies entre le politique et léconomique, le public et le privé, le commercial et le social. Comme dans dautres secteurs mondialisés, cette situation denchevêtrement déchelles et dhybridation bouleverse les modes de gouvernance traditionnels et confère un rôle crucial aux normes. La notion de norme recouvre lensemble des règles qui par incitation ou sanction, prescrivent des comportements. Notre travail consiste à étudier lémergence récente de normes portant sur la dimension sociale de lactivité microfinancière et qui, aux côtés des normes financières déjà bien établies, viennent encadrer les pratiques du secteur. Prégnance de normes financière communes Tout dabord, il convient de reconnaître que la microfinance recouvre une grande diversité dapproches, dorganisations et de pratiques, avec des différences notables en termes de taux dintérêts, de types de produits financiers, de méthodes dinterventions, de participation des usagers, etc. Néanmoins, malgré son caractère hétérogène, le secteur est cimenté par des normes partagées. Ces règles ont avant tout été financières, visant à pérenniser les systèmes, favoriser leur croissance et leur autonomie des subventions. Elles ont favorisé un modèle commercial, privilégiant par exemples les organisations en société anonyme par rapport aux ONG et aux coopératives. Elles ont également induit des critères garantissant la solvabilité des institutions, mais limitant leur capacité à desservir les populations les plus vulnérables. Ces standards, promus par des bailleurs de fonds et investisseurs, ont ouvert la voie à certaines dérives où certaines IMF (Institutions de Microfinance) adoptent des pratiques très agressives sans se préoccuper de leurs effets sur les petits emprunteurs. Risque réputationnel et apparition de normes sociales Cette tendance a engendré des résistances croissantes. La microfinance a bénéficié de la bienveillance des gouvernements, régulateurs et bailleurs, grâce à une image très positive que plusieurs acteurs se sont attachés à créer et entretenir au travers par exemple de la médiatisation de la Campagne pour le Sommet du Microcrédit, de la Grameen Bank et du Prix Nobel. Mais au même titre que la microfinance avait été placée dun seul bloc sur un piédestal, les scandales qui éclatent à propos des pratiques de certains opérateurs risquent de mettre en péril la réputation de lensemble du secteur. Alors que le monde tremble encore dune crise déclenchée par des crédits hypothécaires aux américains défavorisés, nombreux ont affiché leur indignation devant les profits considérables réalisés lors de lentrée en bourse de Compartamos, alors que cette IMF créée à partir de fonds publics appliquait un taux dintérêt avoisinant les 100 % à ses clients. Dans un contexte confortant les appels à moraliser la finance, on a ainsi vu monter en puissance des normes qui, par linjonction, linterdiction ou lévaluation, viennent encadrer les pratiques en fonction de considérations sociales. Ainsi, on assiste à un retour en force des études dimpact, avec une prédominance des approches quantitatives, notamment expérimentales, au développement de méthodes de mesure de la pauvreté (proxy means testing) qui permettent dévaluer le niveau de pauvreté des usagers, à la multiplication des audits et ratings sociaux dinstitutions de microfinance, à la diffusion de principes de protection des emprunteurs, à la multiplication des codes éthiques, etc. Signe de cette montée en puissance, la plateforme Mix Market, référence pour la transparence du secteur, publie depuis peu des indicateurs sociaux aux côtés des données financières. Des normes qui reflètent des conceptions distinctes de la microfinance Mais au-delà de leur fonction explicite, les normes constituent le support sur lequel se définit une pensée dominante de ce que doit être la microfinance, ainsi que le vecteur par lequel cette vision se diffuse et simpose. Ainsi, lanalyse des critères sociaux qui se consolident actuellement montre quils répondent à des préoccupations différentes, parfois complémentaires, mais parfois aussi concurrentes. Certaines normes mettent laccent sur une approche de Responsabilité Sociale des Entreprises qui reste générique et où une IMF, comme nimporte quelle entreprise, prévient les dommages éventuels quelle peut causer sur ses salariés, lenvironnement, ses clients. Dautres vont plus loin et mettent en avant une mission de développement spécifique à la microfinance : réduction de lexclusion, amélioration de la situation économique et renforcement des capacités des usagers. La nature des critères mis en avant révèle ainsi la perspective de ceux qui les promeuvent, à savoir si la microfinance a vocation à devenir « un business comme un autre » ou si elle a une vocation sociale particulière. Des normes qui traduisent des perspectives et intérêts différents Les normes sont aussi le résultat dinteractions et elles reflètent la vision et les intérêts des acteurs qui les ont portées. Certaines normes ont été conçues à la demande des emprunteurs et épargnants des IMF, en particulier lorsque celles-ci opèrent sous forme coopérative et doivent des comptes à leurs sociétaires. Dans ce cas, les principes mis en avant portent beaucoup moins sur des considérations de pauvreté que de proximité, dadaptation et de qualité des services, ou encore de participation. La nature et les mécanismes mis en uvre ont été souvent bien différents quand ils ont résulté de linteraction entre lIMF et ses refinanceurs : fonds dinvestissements étrangers, agences de coopération, ou organismes nationaux de refinancement. Dans ces cas, la nature des principes et indicateurs sociaux dépend à la fois du mandat du pourvoyeur de liquidité et du degré de dépendance de lIMF par rapport à cette source. Suite à une injonction du Congrès américain, USAID par exemple a mis en place un vaste dispositif dévaluation afin de sassurer quau moins la moitié des usagers des institutions quil finance sont au dessous du seuil dextrême pauvreté. Bien que nombre de partenaires de cette agence questionnent cette démarche et la pertinence du seuil utilisé, limportance des fonds concessionnels alloués les incite à sy plier. La plupart des fonds dinvestissements en microfinance se sont longtemps contentés du strict minimum, mais la multiplication des reportages critiques du microcrédit poussent les investisseurs dont ils sont dépositaires à sinterroger et à demander davantage de transparence sur lutilité sociale présumée qui constitue une motivation importante de leurs placements. Dans ce contexte, le rationnement du crédit bancaire accentue la dépendance des IMF par rapport aux fonds dinvestissement étrangers et renforce la capacité de ces derniers à imposer des principes de protection des consommateurs ou des indicateurs de transparence. Plusieurs visions de la régulation du secteur Enfin, linstauration de normes met aussi en jeu différents modèles de régulation pour les faire appliquer. Les IMF à lorigine de ces critères sociaux les ont développés dans la perspective dune mise en uvre interne, servant à la réflexion stratégique et la transparence envers les usagers, comme par exemple Buusaa Gonofaa en Ethiopie, lauréate du prix européen pour la microfinance socialement responsable en 2008. Néanmoins, ces modalités de mise en uvre « sur mesure » napportent pas nécessairement les garanties de contrôle ou détalonnage, généralement requises pour assurer leur comparabilité ou leur fiabilité aux yeux dacteurs extérieurs. A linverse, des contrôles totalement externes ont été mis en place, soit au niveau international, comme le rating, soit au niveau national, par exemple en Bolivie ou en Equateur. Toutefois, ces contrôles, sils ont pour vocation première de fournir des garanties fiables à des observateurs extérieurs, manquent souvent dappropriation par les praticiens et peuvent savérer contradictoires par rapport aux contraintes et priorités du terrain. Face à ces dilemmes, on assiste actuellement à la multiplication de mécanismes mixtes qui mêlent auto-évaluation, contrôle par les pairs et vérifications externes ponctuelles. Mis en avant par des associations professionnelles ou des investisseurs éthiques, la crédibilité et lefficacité restent cependant tributaires de la confiance et de la collaboration entre ces différents acteurs. Conclusion et perspectives Au-delà de leur dimension technique, les normes recèlent des implications stratégiques, des intérêts, des visions du monde. Létude des normes sociales qui apparaissent actuellement en microfinance montre quelles cristallisent de nombreuses tensions, entre le caractère commercial du secteur et sa vocation à servir le développement, entre la perspective des usagers des services et celles dorganismes nationaux ou internationaux qui financent les IMF, entre des partisans dune autorégulation du secteur et les tenants dune supervision publique. Néanmoins, ce processus est encore émergeant et ladoption des normes sociales par les acteurs les plus influents du secteur impliquera encore des négociations et des arbitrages qui remettront peut-être en cause les principes actuels. Les rapports de force internes au secteur vont peser sur cette évolution, mais elle dépendra également des évolutions de lenvironnement de la microfinance. En particulier, la médiatisation des critiques à lencontre du secteur pourrait accélérer certaines tendances et modifier les relations de pouvoir entre les acteurs. Dautre part, lévolution incertaine de la crise financière pourrait accélérer lirruption dinvestisseurs privés dans le secteur de la microfinance ou au contraire provoquer un tarissement des sources de refinancement, ce qui aurait un impact encore difficile à prévoir sur les préoccupations sociales du secteur. Enfin, les bouleversements que lon observe concernant la position de lEtat dans la régulation du secteur financier risque de rejaillir sur les mécanismes en germe pour la microfinance. ---------------------------------------------------------------------------- ---------- Pour s'inscrire (ou se désinscrire) à EspaceFinance et recevoir les BIM, envoyez un message à espacefinance_request@... avec dans le corps du message uniquement le mot SUBSCRIBE (ou UNSUBSCRIBE). Ne pas spécifier l'objet du message. Pour diffuser un message à la liste, envoyez-le à espacefinance@... (vous devez être inscrit). Les BIM sont produits depuis 1999 par les équipes microfinance du Gret et du Cirad à titre volontaire. Si vous souhaitez proposer un BIM, contactez mboke@.... ---------------------------------------------------------------------------- ------------ Bonjour à tous, Ce BIM a été préparé par Florent Bedecarrats (GRET/CERISE),
qui réalise une thèse sur la gouvernance en microfinance. Il résume un article présenté
le 2 juin dernier lors d’une conférence du Centre Européen de Recherche
en Microfinance (CERMi) à Bruxelles. Une gouvernance complexe, structurée par des normes
communes La gouvernance de la microfinance est hétérogène et
complexe, articulant différentes échelles, à la fois locale
(« micro » finance) et nationale, les Etat encadrant de près les
activités financières de détail. Mais il s’agit également d’un
champ mondialisé, qui fait intervenir des divers acteurs transnationaux :
ONG, agences de coopération, investisseurs, entrepreneurs privés, organismes
multilatéraux, etc. En outre, la microfinance a été conçue comme un outil au
service du développement tout en restant ancrée dans le secteur marchand,
marquant une ambivalence qui brouille des distinctions traditionnellement
établies entre le politique et l’économique, le public et le privé, le
commercial et le social. Comme dans d’autres secteurs mondialisés, cette
situation d’enchevêtrement d’échelles et d’hybridation
bouleverse les modes de gouvernance traditionnels et confère un rôle crucial
aux normes. La notion de norme recouvre l’ensemble des règles qui par
incitation ou sanction, prescrivent des comportements. Notre travail consiste à
étudier l’émergence récente de normes portant sur la dimension sociale de
l’activité microfinancière et qui, aux côtés des normes financières déjà
bien établies, viennent encadrer les pratiques du secteur. Prégnance de normes financière communes Tout d’abord, il convient de reconnaître que la
microfinance recouvre une grande diversité d’approches,
d’organisations et de pratiques, avec des différences notables en termes
de taux d’intérêts, de types de produits financiers, de méthodes
d’interventions, de participation des usagers, etc. Néanmoins, malgré son
caractère hétérogène, le secteur est cimenté par des normes partagées. Ces règles ont avant tout été financières, visant à
pérenniser les systèmes, favoriser leur croissance et leur autonomie des
subventions. Elles ont favorisé un modèle commercial, privilégiant par exemples
les organisations en société anonyme par rapport aux ONG et aux coopératives.
Elles ont également induit des critères garantissant la solvabilité des
institutions, mais limitant leur capacité à desservir les populations les plus
vulnérables. Ces standards, promus par des bailleurs de fonds et investisseurs,
ont ouvert la voie à certaines dérives où certaines IMF (Institutions de
Microfinance) adoptent des pratiques très agressives sans se préoccuper de
leurs effets sur les petits emprunteurs. Risque réputationnel et apparition de normes sociales Cette tendance a engendré des résistances croissantes. La
microfinance a bénéficié de la bienveillance des gouvernements, régulateurs et
bailleurs, grâce à une image très positive que plusieurs acteurs se sont
attachés à créer et entretenir au travers par exemple de la médiatisation de la
Campagne pour le Sommet du Microcrédit, de la Grameen Bank et du Prix Nobel.
Mais au même titre que la microfinance avait été placée d’un seul bloc
sur un piédestal, les scandales qui éclatent à propos des pratiques de certains
opérateurs risquent de mettre en péril la réputation de l’ensemble du
secteur. Alors que le monde tremble encore d’une crise déclenchée par des
crédits hypothécaires aux américains défavorisés, nombreux ont affiché leur
indignation devant les profits considérables réalisés lors de l’entrée en
bourse de Compartamos, alors que cette IMF créée à partir de fonds publics
appliquait un taux d’intérêt avoisinant les 100 % à ses clients. Dans un contexte confortant les appels à moraliser la
finance, on a ainsi vu monter en puissance des normes qui, par
l’injonction, l’interdiction ou l’évaluation, viennent
encadrer les pratiques en fonction de considérations sociales. Ainsi, on assiste
à un retour en force des études d’impact, avec une prédominance des
approches quantitatives, notamment expérimentales, au développement de méthodes
de mesure de la pauvreté (proxy means testing) qui permettent d’évaluer
le niveau de pauvreté des usagers, à la multiplication des audits et ratings
sociaux d’institutions de microfinance, à la diffusion de principes de
protection des emprunteurs, à la multiplication des codes éthiques, etc. Signe
de cette montée en puissance, la plateforme Mix Market, référence pour la transparence
du secteur, publie depuis peu des indicateurs sociaux aux côtés des données
financières. Des normes qui reflètent des conceptions distinctes de la
microfinance Mais au-delà de leur fonction explicite, les normes
constituent le support sur lequel se définit une pensée dominante de ce que
doit être la microfinance, ainsi que le vecteur par lequel cette vision se
diffuse et s’impose. Ainsi, l’analyse des critères sociaux qui se
consolident actuellement montre qu’ils répondent à des préoccupations
différentes, parfois complémentaires, mais parfois aussi concurrentes.
Certaines normes mettent l’accent sur une approche de Responsabilité
Sociale des Entreprises qui reste générique et où une IMF, comme
n’importe quelle entreprise, prévient les dommages éventuels
qu’elle peut causer sur ses salariés, l’environnement, ses clients.
D’autres vont plus loin et mettent en avant une mission de développement
spécifique à la microfinance : réduction de l’exclusion,
amélioration de la situation économique et renforcement des capacités des
usagers. La nature des critères mis en avant révèle ainsi la perspective de
ceux qui les promeuvent, à savoir si la microfinance a vocation à devenir
« un business comme un autre » ou si elle a une vocation sociale
particulière. Des normes qui traduisent des perspectives et intérêts
différents Les normes sont aussi le résultat d’interactions et
elles reflètent la vision et les intérêts des acteurs qui les ont portées.
Certaines normes ont été conçues à la demande des emprunteurs et épargnants des
IMF, en particulier lorsque celles-ci opèrent sous forme coopérative et doivent
des comptes à leurs sociétaires. Dans ce cas, les principes mis en avant
portent beaucoup moins sur des considérations de pauvreté que de proximité,
d’adaptation et de qualité des services, ou encore de participation. La nature et les mécanismes mis en œuvre ont été
souvent bien différents quand ils ont résulté de l’interaction entre
l’IMF et ses refinanceurs : fonds d’investissements étrangers,
agences de coopération, ou organismes nationaux de refinancement. Dans ces cas,
la nature des principes et indicateurs sociaux dépend à la fois du mandat du
pourvoyeur de liquidité et du degré de dépendance de l’IMF par rapport à
cette source. Suite à une injonction du Congrès américain, USAID par exemple a
mis en place un vaste dispositif d’évaluation afin de s’assurer
qu’au moins la moitié des usagers des institutions qu’il finance
sont au dessous du seuil d’extrême pauvreté. Bien que nombre de partenaires
de cette agence questionnent cette démarche et la pertinence du seuil utilisé,
l’importance des fonds concessionnels alloués les incite à s’y
plier. La plupart des fonds d’investissements en microfinance se sont
longtemps contentés du strict minimum, mais la multiplication des reportages
critiques du microcrédit poussent les investisseurs dont ils sont dépositaires
à s’interroger et à demander davantage de transparence sur
l’utilité sociale présumée qui constitue une motivation importante de
leurs placements. Dans ce contexte, le rationnement du crédit bancaire accentue
la dépendance des IMF par rapport aux fonds d’investissement étrangers et
renforce la capacité de ces derniers à imposer des principes de protection des
consommateurs ou des indicateurs de transparence. Plusieurs visions de la régulation du secteur Enfin, l’instauration de normes met aussi en jeu
différents modèles de régulation pour les faire appliquer. Les IMF à
l’origine de ces critères sociaux les ont développés dans la perspective
d’une mise en œuvre interne, servant à la réflexion stratégique et
la transparence envers les usagers, comme par exemple Buusaa Gonofaa en
Ethiopie, lauréate du prix européen pour la microfinance socialement
responsable en 2008. Néanmoins, ces modalités de mise en œuvre « sur
mesure » n’apportent pas nécessairement les garanties de contrôle ou
d’étalonnage, généralement requises pour assurer leur comparabilité ou
leur fiabilité aux yeux d’acteurs extérieurs. A l’inverse, des
contrôles totalement externes ont été mis en place, soit au niveau
international, comme le rating, soit au niveau national, par exemple en Bolivie
ou en Equateur. Toutefois, ces contrôles, s’ils ont pour vocation
première de fournir des garanties fiables à des observateurs extérieurs,
manquent souvent d’appropriation par les praticiens et peuvent
s’avérer contradictoires par rapport aux contraintes et priorités du
terrain. Face à ces dilemmes, on assiste actuellement à la multiplication de
mécanismes mixtes qui mêlent auto-évaluation, contrôle par les pairs et
vérifications externes ponctuelles. Mis en avant par des associations
professionnelles ou des investisseurs éthiques, la crédibilité et
l’efficacité restent cependant tributaires de la confiance et de la
collaboration entre ces différents acteurs. Conclusion et perspectives Au-delà de leur dimension technique, les normes recèlent des
implications stratégiques, des intérêts, des visions du monde. L’étude
des normes sociales qui apparaissent actuellement en microfinance montre
qu’elles cristallisent de nombreuses tensions, entre le caractère
commercial du secteur et sa vocation à servir le développement, entre la
perspective des usagers des services et celles d’organismes nationaux ou
internationaux qui financent les IMF, entre des partisans d’une autorégulation
du secteur et les tenants d’une supervision publique. Néanmoins, ce processus est encore émergeant et
l’adoption des normes sociales par les acteurs les plus influents du
secteur impliquera encore des négociations et des arbitrages qui remettront peut-être
en cause les principes actuels. Les rapports de force internes au secteur vont
peser sur cette évolution, mais elle dépendra également des évolutions de
l’environnement de la microfinance. En particulier, la médiatisation des
critiques à l’encontre du secteur pourrait accélérer certaines tendances
et modifier les relations de pouvoir entre les acteurs. D’autre part,
l’évolution incertaine de la crise financière pourrait accélérer
l’irruption d’investisseurs privés dans le secteur de la
microfinance ou au contraire provoquer un tarissement des sources de
refinancement, ce qui aurait un impact encore difficile à prévoir sur les
préoccupations sociales du secteur. Enfin, les bouleversements que l’on
observe concernant la position de l’Etat dans la régulation du secteur
financier risque de rejaillir sur les mécanismes en germe pour la microfinance. -------------------------------------------------------------------------------------- Pour
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