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BIM : La crise du financement agricole en zone =??b?Y290b25uaehyZQ==?= du MaliPlus que jamais en ces temps de crise alimentaire et dinterrogation sur les potentialités de développement des agricultures familiales, la question du financement de lagriculture est au cur des débats dans les pays du Sud. A la suite du colloque FARM[1] tenu en décembre 2007 sur cette question, lIRAM[2] et lIRC SUPAGRO[3] ont choisi dapprofondir lanalyse à travers deux études de situations critiques en matière de financement de lagriculture : la zone cotonnière et la zone Office du Niger au Mali. En zone cotonnière, létude a été réalisée avec lAOPP[4] et la SNV[5], avec lappui dun bureau détudes local (Finité Consult). Létude sinscrit dans une perspective dappui à la démarche de plaidoyer pour un financement alternatif portée par lAOPP et ses partenaires techniques et financiers, dont OXFAM[6] et la SNV. En zone Office du Niger, létude a été réalisée en partenariat avec la Fédération des Centres de Prestations de Service Faranfasi So. Ces deux études ont été réalisées par Abou Sall et Sarah Marsan, encadrés par F.Doligez et B.Wampfler, dans le cadre de leur mémoire de fin détude à lIrc de Montpellier SupAgro. Dans le BIM daujourdhui, A.Sall et S.Marsan présentent les résultats de létude en zone cotonnière. Un prochain BIM présentera les résultats de létude menée en zone Office du Niger. Merci à eux pour cette contribution aux BIM. Betty Wampfler ---------- Eléments de contexte 1. Un changement de paradigme des politiques publiques agricoles Après les indépendances, le Mali a développé une politique agricole marquée par une forte intervention de lEtat, et une concentration sur lagriculture dexportation, dont le coton était la locomotive. Dans ce modèle, le crédit, fourni par lEtat, à travers des banques publiques et des sociétés de développement, était ciblé sur des cultures dexportation à travers des filières intégrées et fortement encadrées par ces sociétés. Au début des années 80, ce modèle a été remis en cause par les politiques dajustement structurel, prônant la libéralisation, la privatisation et le désengagement de lEtat . . Dans le secteur financier, ces politiques vont entraîner la fermeture de nombreuses banques publiques et lavènement de la microfinance. Celle-ci se consolide, se structure et se diversifie à partir des années 1990 au Mali. Elle se développe en milieu rural sous diverses formes et réussit à financer certains segments de lagriculture (riziculture à lOffice du Niger, embouche ). Au fil des années 90, avec laccroissement des inégalités et laugmentation de la pauvreté, les politiques dajustement structurel, prônant le tout marché, sont à leur tour mises en cause et lEtat est peu à peu réhabilité dans un rôle de correction des défaillances de marché. En matière de financement rural et agricole, la légitimité dintervention de lEtat est progressivement reconnue en matière de régulation juridique et de contrôle du secteur. Aujourdhui la question du rôle de lEtat en matière dorientation et de soutien du secteur pour une meilleure inclusion financière, est posée (WAMPFLER, 2008). 2. Situation du financement en zone cotonnière Le développement agricole du Mali a longtemps reposé sur le « système coton », les revenus liés au coton permettant de financer les cultures vivrières et des investissements collectifs. Le « système coton » connaît aujourdhui une forte crise qui est la résultante de plusieurs éléments : chute du cours du coton sur le plan mondial, mais également la baisse des rendements (imputés à la qualité des semences et des engrais, la dégradation des terres, les pluies déficitaires, etc.), et les problèmes dorganisation de la filière, etc. Les prix aux producteurs ont connu une baisse sévère depuis plusieurs années; les charges de production ont augmenté, notamment du fait de larrêt des subventions de lengrais depuis la campagne 2008/2009, alors même que les prix de lengrais sont très élevés sur le marché mondial. Ces effets cumulés sur plusieurs années, ont abouti à une baisse des revenus des producteurs, et à des situations de surendettement des ménages qui sont obligés de décapitaliser, en vendant leurs équipements et leurs animaux. Laccès des producteurs aux services financiers est devenu plus difficile, du fait du désengagement de la CMDT, qui assurait auparavant la fourniture de crédit ; aucune institution financière na pris le relais, notamment pour la fourniture de crédit déquipement. Dans ce contexte, les institutions financières, banques et microfinance, font face à une demande de crédit de plus en plus importante et diversifiée, portant surtout sur le financement de léquipement agricole et le financement des activités agricoles et non agricoles alternatives au coton. Ces dernières connaissent une croissance tendancielle, mais qui saccélère du fait de labandon du coton par les exploitations. Les organisations professionnelles agricoles tentent de jouer un rôle d'interface entre agriculteurs et institutions financières, notamment par laction de plaidoyer en cours en zone cotonnière. Une double entrée exploitations agricoles et organisations pour avoir une vision globale de la situation Létude a abordé la question du financement sous deux angles : lévolution de laccès des ménages agricoles aux services financiers ; le rôle des organisations agricoles dans laccès au services financiers. Pour analyser les besoins et contraintes au niveau des exploitations agricoles et des ménages, nous avons utilisé une approche systémique qui permet d'appréhender la globalité des systèmes d'activité mis en uvre par les membres d'une famille, mais aussi les relations intra familiales (en particulier les relations monétaires), ainsi que les facteurs de perturbation et d'évolution des différents systèmes. De la même manière, les entretiens menés auprès des organisations professionnelles agricoles et des institutions financières ont permis d'analyser les jeux d'acteurs autour de la question de laccès aux services financiers. Résultats Evolution de laccès des ménages agricoles au crédit Létude a été conduite auprès dun échantillon 65 exploitations agricoles, construit sur la base des typologies définies en 2000 par létude de DUFUMIER (2005)[7] : - Les exploitations « manuelles pures », sont des familles mononucléaires issues de scissions ou récemment arrivées dans la zone, sans dotation déquipements de traction animale. - Les familles « manuelles avec location de bufs » peuvent être issues de scission, migrantes ou souvent en voie de décapitalisation. Elles possèdent un équipement incomplet, généralement une charrue et doivent louer ou emprunter des bufs souvent après la date optimale de semis, ce qui leur donne de moins bons rendements que les familles manuelles peu équipées. Ces familles se différencient peu de la catégorie précédente. - Les familles moyennes et les grandes familles très équipées en matériel de traction animale, sont pluri-nucléaires, et mettent en valeur dimportantes surfaces, la principale différence entre elles étant la taille du troupeau bovin et donc la quantité de fumure organique disponible. - Enfin, les familles peules sédentarisées sont plus tournées vers lélevage mais cultivent généralement de quoi assurer les besoins de la famille et une partie de ceux du troupeau avec les fanes darachide et de niébé. Notre étude montre que les types «exploitations manuelles pures», «grandes familles très équipées» , «familles intermédiaires très équipées» et «exploitations Peules sédentarisées» nont pas été significativement affectées par la crise cotonnière. Cela ne signifie pas bien sûr que ces exploitations nont pas subi la crise du coton mais confirme plutôt le fait que ces catégories étaient moins dépendantes du seul coton. Les exploitations les plus affectées sont les exploitations intermédiaires qui sont les plus dépendantes du coton, notamment pour laccès aux intrants. Une dépendance par rapport au coton toujours actuelle pour laccès à léquipement en matériel et en bovins et qui varie en fonction du « type » concerné. Les recettes du coton et les crédits gagés sur cette production ont joué un rôle majeur dans léquipement des exploitations en matériel de traction attelée et en animaux. Les sources de financement de léquipement varient selon les types dexploitations concernées. La source la plus utilisée est constituée par les recettes du coton (44,8 % des exploitations interrogées y ont eu recours), les crédits CMDT ou BNDA gagés sur le coton ont permis à 16,4 % des exploitations de séquiper. Cest donc plus de la moitié des sources de financement qui sont remises en question (80,6 % des exploitations y ont eu recours) à lheure actuelle avec la crise du coton qui a suspendu les revenus et les crédits gagés sur cette production. La principale source déquipement en bufs de trait est le gardiennage[8], qui est particulièrement important chez les exploitations intermédiaires. Pour les exploitations bien équipées, les bovins ont longtemps constitué un moyen dépargner largent du coton, moyen aujourdhui remis en question. Au total, plus dun tiers des bovins (35,8 %) a été financé par le coton ou par les crédits gagés sur cette production. Une décapitalisation qui a accéléré larrêt du coton Si 80 % des exploitations enquêtées cultivaient le coton lors de la campagne 2005/2006, elles ne sont que 25 % à le faire en 2008-2009. Les types dexploitation sous équipés ont abandonné le plus rapidement, ce qui traduit leur plus grande vulnérabilité et leur moindre capacité de résistance. Sur les trois dernières années, la crise du coton a affecté la plupart des exploitations agricoles mais a frappé de plein fouet celles qui en dépendaient le plus à savoir les exploitations intermédiaires. Ces dernières qui dépendaient des revenus du coton pour les besoins familiaux et pour leur équipement se sont vues obligées de céder une partie de leur équipement, de leur troupeau, et dans certains cas, leurs bufs de labour, pour faire face aux besoins familiaux (vivres, santé) et sociaux. Ce phénomène de décapitalisation touche également les grandes exploitations équipées mais dans une mesure moindre , ces dernières ayant des marges de manuvres plus importantes (cultures de diversification, migration, etc.). Les plus petites exploitations manuelles se retrouvent privées des revenus du coton et confrontées à des déficits céréaliers importants qui poussent certaines dentre elles à sortir de lagriculture. Ce phénomène se retrouve sous dautres formes au niveau des exploitations intermédiaires et grandes, qui face à la baisse des revenus du coton et leur incertitude, investissent dans de nouveaux secteurs tels le commerce, limmobilier (pour ceux qui sont proches des villes) et essaient dintensifier les autres productions (maraîchage, plantation, etc.). En zone cotonnière, l'accès au financement est très limité en dehors du «système coton » et ne concerne donc pratiquement que les exploitations les mieux dotées en facteurs de production. L'arrêt massif de la production cotonnière par des exploitants endettés ou n'y trouvant plus assez d'intérêt entraîne une suspension de l'accès au crédit pour les cultures céréalières. De même, en raison des forts niveaux d'endettement, l'équipement et le ré équipement en traction animale ne sont pratiquement plus financés à l'heure actuelle. Pourtant, l'évolution et la progression des systèmes de production, ont été, et sont toujours, tributaires del'accès à ces financements. On assiste aujourd'hui à une décapitalisation massive des exploitations les plus vulnérables, les autres étant sérieusement menacées. Les opportunités de diversification sont liées à la fois à la structure des exploitations (terres et force de travail principalement) mais aussi et surtout à leur localisation et aux possibilités de financement à proximité. Ces financements sont encore très limités et beaucoup d'agriculteurs ne présentent pas les garanties suffisantes pour y avoir accès. Ils se retrouvent donc avec peu d'autres alternatives que celle de partir travailler ailleurs au Mali ou dans les pays limitrophes. Le role des organisations agricoles dans laccès au crédit La question de la gestion de la caution solidaire est retenue comme une des difficultés majeures des organisations paysannes. Le système mis en place lors du désengagement de la CMDT a en effet reporté tout le risque lié au crédit sur les paysans, qui sont liés entre eux par des liens de solidarité imposés, à des échelles difficilement gérables (le village au départ). Si la majorité des acteurs tient à réformer ce système, la BNDA, qui assure lessentiel du crédit de campagne refuse fermement, puisquelle prélève les remboursements des crédits sur le revenu de lensemble des producteurs, versé par la CMDT sur un compte collectif. Elle refuse donc de se priver dun tel outil de sécurisation. Un nouveau système de garantie est donc à inventer, dans lequel la caution solidaire ne doit sappliquer que par choix des exploitants. La question de la réforme du système financier en zone cotonnière reste donc entière. Sa nécessité semble admise par toutes les parties prenantes mais les modalités de sa mise en uvre dépendent de plusieurs facteurs. Parmi eux, la place qui sera donnée au coton dans le développement agricole à l'avenir, pourra orienter le nouveau système financier vers un financement plus exhaustif des différentes activités ou au contraire renforcer la polarisation autour du seul coton. Pour ce qui est du financement alternatif, il sagit, de faire en sorte que ceux qui ne produisent pas de coton puissent accéder au crédit. Il faudrait également avoir une appréciation objective de la capacité dendettement et de remboursement qui est actuellement surévaluée ; les producteurs surévaluent les surfaces emblavées pour avoir plus de crédit et financer les intrants pour dautres spéculations. Car face à cette crise les producteurs ont essayé de sadapter en contournant le système. Ainsi pour financer les autres spéculations comme les céréales, les producteurs détournent les intrants du coton. La crise que traverse la filière coton au delà de celle du financement embrasse plusieurs domaines. Elle nécessite donc une solution globale qui doit englober la résolution des difficultés de production liées à la dégradation des terres, au déficit dorganisation des OP et la construction dun environnement favorable et sécurisé. Bibliographie MARSAN S., SALL A., Diagnostic de la situation du financement de lagriculture au Mali : étude de cas à lOffice du Niger et en zone cotonnière dans une perspective de dialogue entre lEtat, les organisations paysannes et les institutions financières. Irc Montpellier SupAgro, IRAM, décembre 2008, 116 pages+annexes. DIAWARA M., BENAMOU Y., LEPLAY S., 2006. Etude de caractérisation des OP, synthèse générale. AOPP, SNV, septembre 2006. 114 pages. DOLIGEZ F., DUFUMIER M., 2007. Trajectoire des Systèmes de Production Agricoles et Diversification des Modes de Financement des Exploitations Familiales dans les Zones Cotonnières Ouest-Africaines : Le Cas du Sud Mali. International Conference on Rural Finance Research : Moving Results into Policies and Practice. FAO-Fondation Ford-FIDA. Rome, 19-21 mars 2007. WAMPFLER B., 2008. Cours « Financement rural et agricole» . Master ADR/Formation continue IRC SUPAGRO. Auteurs : Abou SAL, bousall@... Sarah MARSAN, sarah.marsan@... _____ [1] Fondation pour la ruralité et lagriculture dans le monde [2] Institut de Recherche et dApplication des méthodes de développement [3] Institut des régions chaudes de Montpellier SupAgro ex centre national détudes agronomiques des régions chaudes CNEARC. [4] Association malienne des organisations professionnelles paysannes [5] Organisation néerlandaise de développement [6] Oxford comitee for famine relief [7] DUFUMIER M., 2005. Etude des systèmes agraires et typologie des systèmes de production agricole dans la région cotonnière du Mali. Rapport. INAPG, décembre 2005. 83 pages. [8] Le gardiennage est une pratique qui permet en échange de la min duvre dun jeune sur une campagne de bénéficier dun veau. Bonjour, Plus que jamais en ces temps de
crise alimentaire et d’interrogation sur les potentialités de développement des
agricultures familiales, la question du financement de l’agriculture est au
cœur des débats dans les pays du Sud. A la suite du colloque FARM[1] tenu en décembre 2007
sur cette question, l’IRAM[2] et l’IRC SUPAGRO[3] ont choisi
d’approfondir l’analyse à travers deux études de situations critiques en
matière de financement de l’agriculture : la zone cotonnière et la zone
Office du Niger au Mali. En zone cotonnière, l’étude a été réalisée avec l’AOPP[4] et la SNV[5], avec l’appui d’un
bureau d’études local (Finité Consult). L’étude s’inscrit dans une perspective
d’appui à la démarche de plaidoyer pour un financement alternatif portée par
l’AOPP et ses partenaires techniques et financiers, dont OXFAM[6] et la SNV. En zone
Office du Niger, l’étude a été réalisée en partenariat avec la Fédération des
Centres de Prestations de Service Faranfasi So. Ces deux études ont été réalisées par Abou Sall
et Sarah Marsan, encadrés par F.Doligez et B.Wampfler, dans le cadre de leur
mémoire de fin d’étude à l’Irc de Montpellier SupAgro. Dans le BIM d’aujourd’hui, A.Sall et S.Marsan
présentent les résultats de l’étude en zone cotonnière. Un prochain BIM
présentera les résultats de l’étude menée en zone Office du Niger. Merci à eux pour cette contribution aux BIM. Betty Wampfler Eléments
de contexte 1. Un
changement de paradigme des politiques publiques agricoles Après les indépendances, le
Mali a développé une politique agricole marquée par une forte intervention de
l’Etat, et une concentration sur l’agriculture d’exportation, dont le coton
était la locomotive. Dans ce modèle, le crédit, fourni par l’Etat, à travers
des banques publiques et des sociétés de développement, était ciblé sur des
cultures d’exportation à travers des filières intégrées et fortement encadrées
par ces sociétés. Au début des années 80, ce
modèle a été remis en cause par les politiques d’ajustement structurel, prônant
la libéralisation, la privatisation et le désengagement de l’Etat . . Dans le
secteur financier, ces politiques vont entraîner la fermeture de nombreuses
banques publiques et l’avènement de la microfinance. Celle-ci se consolide, se
structure et se diversifie à partir des années 1990 au Mali. Elle se développe
en milieu rural sous diverses formes et réussit à financer certains segments de
l’agriculture ( riziculture à l’Office du Niger, embouche, …). Au fil des années 90, avec l’accroissement des
inégalités et l’augmentation de la pauvreté, les politiques d’ajustement
structurel, prônant le tout marché, sont à leur tour mises en cause et l’Etat
est peu à peu réhabilité dans un rôle de correction des défaillances de
marché. En matière de financement rural et agricole, la légitimité
d’intervention de l’Etat est progressivement reconnue en matière de régulation
juridique et de contrôle du secteur. Aujourd’hui la question du rôle de l’Etat
en matière d’orientation et de soutien du secteur pour une meilleure inclusion
financière, est posée (WAMPFLER, 2008). 2.
Situation du financement en zone cotonnière Le développement agricole du Mali a longtemps
reposé sur le « système coton », les revenus liés au coton permettant
de financer les cultures vivrières et des investissements collectifs. Le « système coton » connaît
aujourd’hui une forte crise qui est la résultante de plusieurs éléments :
chute du cours du coton sur le plan mondial, mais également la baisse des rendements
(imputés à la qualité des semences et des engrais, la dégradation des terres,
les pluies déficitaires, etc.), et les problèmes d’organisation de la filière,
etc. Les prix aux producteurs ont connu une baisse
sévère depuis plusieurs années ; les charges de production ont augmenté,
notamment du fait de l’arrêt des subventions de l’engrais depuis la campagne
2008/2009, alors même que les prix de l’engrais sont très élevés sur le marché
mondial. Ces effets cumulés sur plusieurs années, ont abouti à une baisse des
revenus des producteurs, et à des situations de surendettement des ménages qui
sont obligés de décapitaliser, en vendant leurs équipements et leurs animaux. L’accès des producteurs aux services financiers
est devenu plus difficile, du fait du désengagement de la CMDT, qui assurait
auparavant la fourniture de crédit ; aucune institution financière n’a
pris le relais, notamment pour la fourniture de crédit d’équipement. Dans ce contexte, les institutions financières,
banques et microfinance, font face à une demande de crédit de plus en plus
importante et diversifiée, portant surtout sur le financement de l’équipement
agricole et le financement des activités agricoles et non agricoles
alternatives au coton. Ces dernières connaissent une croissance tendancielle,
mais qui s’accélère du fait de l’abandon du coton par les exploitations. Les organisations professionnelles agricoles
tentent de jouer un rôle d'interface entre agriculteurs et institutions
financières, notamment par l’action de plaidoyer en cours en zone cotonnière. Une double entrée
exploitations agricoles et organisations pour avoir une vision globale de la
situation L’étude a abordé la question du financement sous
deux angles : l’évolution de l’accès des ménages agricoles aux services
financiers ; le rôle des organisations agricoles dans l’accès au services
financiers. Pour analyser les besoins et contraintes au
niveau des exploitations agricoles et des ménages, nous avons utilisé une
approche systémique qui permet d'appréhender la globalité des systèmes
d'activité mis en œuvre par les membres d'une famille, mais aussi les relations
intra familiales (en particulier les relations monétaires), ainsi que les facteurs
de perturbation et d'évolution des différents systèmes. De la même manière, les entretiens menés auprès
des organisations professionnelles agricoles et des institutions financières
ont permis d'analyser les jeux d'acteurs autour de la question de l’accès aux
services financiers. . Résultats Evolution
de l’accès des ménages agricoles au crédit L’étude a été conduite auprès d’un échantillon
65 exploitations agricoles, construit sur la base des typologies définies en
2000 par l’étude de DUFUMIER (2005)[7] : . v Les exploitations
« manuelles pures », sont des familles mononucléaires issues de
scissions ou récemment arrivées dans la zone, sans dotation d’ équipements de
traction animale. v Les familles
« manuelles avec location de bœufs » peuvent être issues de scission,
migrantes ou souvent en voie de décapitalisation. Elles possèdent un équipement
incomplet, généralement une charrue et doivent louer ou emprunter des bœufs
souvent après la date optimale de semis, ce qui leur donne de moins bons
rendements que les familles manuelles peu équipées. Ces familles se
différencient peu de la catégorie précédente. v Les familles moyennes et
les grandes familles très équipées en matériel de traction animale, sont
pluri-nucléaires, et mettent en valeur d’importantes surfaces, la principale
différence entre elles étant la taille du troupeau bovin et donc la quantité de
fumure organique disponible. v Enfin, les familles
peules sédentarisées sont plus tournées vers l’élevage mais cultivent
généralement de quoi assurer les besoins de la famille et une partie de ceux du
troupeau avec les fanes d’arachide et de niébé. Notre étude montre que les types
«exploitations manuelles pures», «grandes familles très équipées» , «familles
intermédiaires très équipées» et «exploitations Peules sédentarisées» n’ont pas
été significativement affectées par la crise cotonnière. Cela ne signifie pas
bien sûr que ces exploitations n’ont pas subi la crise du coton mais confirme
plutôt le fait que ces catégories étaient moins dépendantes du seul coton. Les
exploitations les plus affectées sont les exploitations intermédiaires qui sont
les plus dépendantes du coton, notamment pour l’accès aux intrants. Une dépendance par rapport au coton
toujours actuelle pour l’accès à l’équipement en matériel et en bovins et qui
varie en fonction du « type » concerné. Les recettes du coton et les crédits gagés sur
cette production ont joué un rôle majeur dans l’équipement des exploitations en
matériel de traction attelée et en animaux. Les sources de financement de l’équipement
varient selon les types d’exploitations concernées. La source la plus utilisée
est constituée par les recettes du coton (44,8 % des exploitations interrogées
y ont eu recours), les crédits CMDT ou BNDA gagés sur le coton ont permis à
16,4 % des exploitations de s’équiper. C’est donc plus de la moitié des sources
de financement qui sont remises en question (80,6 % des exploitations y ont eu
recours) à l’heure actuelle avec la crise du coton qui a suspendu les revenus
et les crédits gagés sur cette production. La principale source d’équipement en bœufs de
trait est le gardiennage[8], qui est
particulièrement important chez les exploitations intermédiaires. Pour les exploitations bien équipées, les bovins
ont longtemps constitué un moyen d’épargner l’argent du coton, moyen
aujourd’hui remis en question. Au total, plus d’un tiers des bovins (35,8 %) a
été financé par le coton ou par les crédits gagés sur cette production. Une décapitalisation qui a
accéléré l’arrêt du coton,… Si 80 % des exploitations enquêtées cultivaient
le coton lors de la campagne 2005/2006, elles ne sont que 25 % à le faire en
2008-2009. Les types d’exploitation sous équipés ont abandonné le plus
rapidement, ce qui traduit leur plus grande vulnérabilité et leur moindre
capacité de résistance. Sur les trois dernières années, la crise du
coton a affecté la plupart des exploitations agricoles mais a frappé de plein
fouet celles qui en dépendaient le plus à savoir les exploitations
intermédiaires. Ces dernières qui dépendaient des revenus du coton pour les
besoins familiaux et pour leur équipement se sont vues obligées de céder une
partie de leur équipement, de leur troupeau, et dans certains cas, leurs bœufs
de labour, pour faire face aux besoins familiaux (vivres, santé) et sociaux.
Ce phénomène de décapitalisation touche également les grandes exploitations
équipées mais dans une mesure moindre , ces dernières ayant des marges de
manœuvres plus importantes (cultures de diversification, migration, etc.). Les plus petites exploitations manuelles se
retrouvent privées des revenus du coton et confrontées à des déficits
céréaliers importants qui poussent certaines d’entre elles à sortir de
l’agriculture. Ce phénomène se retrouve sous d’autres formes au
niveau des exploitations intermédiaires et grandes, qui face à la baisse des
revenus du coton et leur incertitude, investissent dans de nouveaux secteurs
tels le commerce, l’immobilier (pour ceux qui sont proches des villes) et
essaient d’intensifier les autres productions (maraîchage, plantation, etc.). En zone cotonnière, l'accès au financement est
très limité en dehors du « système coton » et ne concerne donc
pratiquement que les exploitations les mieux dotées en facteurs de production.
L'arrêt massif de la production cotonnière par des exploitants endettés ou n'y
trouvant plus assez d'intérêt entraîne une suspension de l'accès au crédit pour
les cultures céréalières. De même, en raison des forts niveaux d'endettement,
l'équipement et le ré équipement en traction animale ne sont pratiquement plus
financés à l'heure actuelle. Pourtant, l'évolution et la progression des
systèmes de production, ont été, et sont toujours, tributaires del'accès à ces
financements. On assiste aujourd'hui à une décapitalisation massive des
exploitations les plus vulnérables, les autres étant sérieusement menacées. Les opportunités de diversification sont liées à
la fois à la structure des exploitations (terres et force de travail
principalement) mais aussi et surtout à leur localisation et aux possibilités
de financement à proximité. Ces financements sont encore très limités et
beaucoup d'agriculteurs ne présentent pas les garanties suffisantes pour y
avoir accès. Ils se retrouvent donc avec peu d'autres alternatives que celle de
partir travailler ailleurs au Mali ou dans les pays limitrophes. Le role des organisations agricoles dans l’accès
au crédit La question de la gestion de la caution
solidaire est retenue comme une des difficultés majeures des organisations
paysannes. Le système mis en place lors du désengagement de la CMDT a en effet
reporté tout le risque lié au crédit sur les paysans, qui sont liés entre eux
par des liens de solidarité imposés, à des échelles difficilement gérables (le
village au départ). Si la majorité des acteurs tient à réformer ce système, la
BNDA, qui assure l’essentiel du crédit de campagne refuse fermement,
puisqu’elle prélève les remboursements des crédits sur le revenu de l’ensemble
des producteurs, versé par la CMDT sur un compte collectif. Elle refuse donc de
se priver d’un tel outil de sécurisation. Un nouveau système de garantie est
donc à inventer, dans lequel la caution solidaire ne doit s’appliquer que par
choix des exploitants. La question de la réforme du système financier
en zone cotonnière reste donc entière. Sa nécessité semble admise par toutes
les parties prenantes mais les modalités de sa mise en œuvre dépendent de
plusieurs facteurs. Parmi eux, la place qui sera donnée au coton dans le
développement agricole à l'avenir, pourra orienter le nouveau système financier
vers un financement plus exhaustif des différentes activités ou au contraire
renforcer la polarisation autour du seul coton. Pour ce qui est du financement alternatif, il
s’agit, de faire en sorte que ceux qui ne produisent pas de coton puissent
accéder au crédit. Il faudrait également avoir une appréciation objective de la
capacité d’endettement et de remboursement qui est actuellement surévaluée ;
les producteurs surévaluent les surfaces emblavées pour avoir plus de crédit et
financer les intrants pour d’autres spéculations. Car face à cette crise les
producteurs ont essayé de s’adapter en contournant le système. Ainsi pour
financer les autres spéculations comme les céréales, les producteurs détournent
les intrants du coton. La crise que traverse la filière coton au delà
de celle du financement embrasse plusieurs domaines. Elle nécessite donc une
solution globale qui doit englober la résolution des difficultés de production
liées à la dégradation des terres, au déficit d’organisation des OP et la
construction d’un environnement favorable et sécurisé. Bibliographie MARSAN S., SALL A., Diagnostic de la
situation du financement de l’agriculture au Mali : étude de cas à
l’Office du Niger et en zone cotonnière dans une perspective de dialogue entre
l’Etat, les organisations paysannes et les institutions financières. Irc
Montpellier SupAgro, IRAM, décembre 2008, 116 pages+annexes. DIAWARA M., BENAMOU Y., LEPLAY S., 2006. Etude de
caractérisation des OP, synthèse générale. AOPP, SNV, septembre
2006. 114 pages. DOLIGEZ F., DUFUMIER M., 2007. Trajectoire des
Systèmes de Production Agricoles et Diversification des Modes de Financement
des Exploitations Familiales dans les Zones Cotonnières Ouest-Africaines : Le
Cas du Sud Mali. International Conference on Rural
Finance Research : Moving Results into Policies and Practice. FAO-Fondation
Ford-FIDA. Rome, 19-21 mars 2007. WAMPFLER B., 2008. Cours
« Financement rural et agricole» . Master ADR/ Formation continue IRC
SUPAGRO. Auteurs : Abou SAL, bousall@... Sarah MARSAN, sarah.marsan@... [1]
Fondation pour la ruralité et l’agriculture dans le monde [2]
Institut de Recherche et d’Application des méthodes de développement [3]
Institut des régions chaudes de Montpellier SupAgro ex centre national d’études
agronomiques des régions chaudes CNEARC. [4]
Association malienne des organisations professionnelles paysannes [5]
Organisation néerlandaise de développement [6]
Oxford comitee for famine relief [7] DUFUMIER M., 2005. Etude des systèmes agraires et typologie des systèmes
de production agricole dans la région cotonnière du Mali. Rapport. INAPG, décembre 2005. 83 pages. [8] Le
gardiennage est une pratique qui permet en échange de la min d’œuvre d’un jeune
sur une campagne de bénéficier d’un veau. |
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