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BIM : Quoi de plus difficile que le financement de =??b?bJJhZ3JpY3VsdHVyZQ==?= ? Le financement de =??b?bJLpbGV2YWdlLg==?= FADEL SA au Mali, une banque des =??b?6WxldmV1cnM=?=

by polemicrofin :: Rate this Message:

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Bonjour,

Si la difficulté de financer l’agriculture familiale des pays du Sud a fait
couler beaucoup d’encre depuis quelques années, il existe un secteur encore
bien plus ignoré par les institutions financières, c’est celui de l’élevage.
Pilier des économies sahéliennes, l’élevage se diversifie aujourd’hui fortement
: l’élevage transhumant traditionnel reste vivant, l’intégration agriculture
–élevage se développe dans de nombreuses régions d’intensification agricole,
l’élevage péri urbain se consolide autour des métropoles, mais aussi des villes
moyennes. D’autres formes d’élevage, moins familial, se développent (ranching)
…

Globalement, malgré ses potentialités économiques évidentes, le secteur de
l’élevage « familial » peine à trouver un accès aux services financiers, les
institutions financières, qu’elles soient banques ou microfinance jugeant ce
secteur encore bien plus risqué que celui de l’agriculture.

Les organisations d’éleveurs sont depuis longtemps préoccupées par ce manque
d’accès aux services financiers. Depuis le début des années 2000, l’Association
pour la Promotion de l’Elevage au Sahel et en Savane (APESS) mène une
expérimentation de création de banque pour les éleveurs, la BADEL (Banque
Africaine pour le développement de l’élevage). Face aux difficultés rencontrées
pour créer un tel outil financier à l’échelle de la sous région, des
organisations d’éleveurs maliennes affiliées à l’APESS se sont inspirées de
cette initiative pour créer une institution financière dédiée à l’élevage au
Mali, la FADEL SA. Ce BIM présente cette très jeune institution financière
(elle a été inaugurée en février dernier au Mali), ses objectifs et sa «
philosophie d’action ».

Conditions de création
La Financière Africaine pour le Développement de l’Elevage (FADEL SA) s’inscrit
dans l’ action de promotion de l’élevage sahélien conduite depuis une vingtaine
d’années dans le cadre de l’APESS. Cette action intègre des axes techniques
(amélioration de l’alimentation animale, pratiques d’élevage, …), économiques
(organisation des approvisionnements et de la commercialisation,…), culturels
(mode de vie des éleveurs, …). Le manque d’accès au financement ayant été
identifié comme un des facteurs limitants majeurs du développement de
l’élevage, la création d’un outil de financement spécifiquement adapté à
l’élevage est en discussion depuis de nombreuses années au sein de l’APESS.
Cette réflexion a abouti au  projet de création de la BADEL. Mais ce projet
achoppe sur les difficultés de créer une institution financière à une échelle
sous régionale : difficulté de réunir le capital de 5 milliards exigé par le
statut bancaire, difficulté de coordination d’une initiative à l’échelle sous
régionale, voire continentale, …. Ces difficultés ont conduit des acteurs de
l’élevage malien de la région de Sikasso à préférer  une initiative nationale
qui pourrait ultérieurement servir de modèle à d’autres pays. Des consultations
ont été organisées pendant une année dans différentes régions d’élevage pour
mieux connaître les pratiques, les besoins et les contraintes des éleveurs en
matière de financement et tester des modalités d’organisation d’une structure
de financement. La FADEL-SA, née de cette initiative, a été créée en 2008 sous
forme de société anonyme. Son capital social est établi à 50 millions de FCFA
divisés en 5000 actions de 10 000 FCFA.

Objectifs et philosophie d’action

La FADEL SA a pour objectif de fournir des services financiers de proximité
adaptés aux éleveurs maliens. Sa conception et son action reposent sur
l’analyse suivante (source : entretiens avec les créateurs de la structure en
juillet 2008).

« L’élevage est secteur économique ayant de fortes spécificités, faiblement
voire pas du tout prises en compte par les outils de financement existants.
Face au manque de réponse apporté par l’environnement, les éleveurs doivent se
mobiliser pour créer eux même leur outil financier. Les structures sociales, la
solidarité, les pratiques organisationnelles et financières traditionnelles
constituent une base solide pour développer un outil financier original et
adapté aux éleveurs.

Le dispositif doit s’appuyer sur les connaissances locales et les pratiques
existantes, notamment au sein des marchés de bétail (galbal) qui sont fortement
structurés. Il doit être piloté par les éleveurs et les acteurs de la filière
bétail (commerçants, intermédiaires…). Le dispositif doit être adapté à la
diversité de situations des éleveurs : certains sont très pauvres, beaucoup
sont vulnérables sans être forcément pauvres, certains sont aisés.

Les agro éleveurs constituent un point d’entrée et une cible prioritaire pour
FADEL, notamment dans la région de Sikasso où ils ont fortement développé
l’élevage et le commerce de bétail à partir des ressources du coton. Situés à
l’interface des secteurs agriculture- élevage- commerce, les agro éleveurs
peuvent être un levier d’insertion de l’élevage dans l’économie. Les éleveurs
transhumants traditionnels auront accès à FADEL, mais les contraintes  pesant
sur ce type d’élevage (conflits, réglementations, …) sont de plus en fortes et
limitent son développement. Des formes d’élevage intensif (laitier notamment)
se développent à petite échelle (fonctionnaires, retraités, jeunes …) et sont
présents dans l’actionnariat de la SA.  Les commerçants de bétail et les
intermédiaires doivent être des acteurs importants dans la SA FADEL. «


Statut, produits et services

Le statut SA a été choisi pour affirmer la vocation économique de la structure.
Ce choix s’inscrit de manière cohérente dans l’évolution de la loi malienne sur
la microfinance qui offre un espace de développement aux structures
actionnariales de type SA.

Les produits et procédures sont en cours d’élaboration. La FADEL SA les veut
étroitement adaptés aux besoins, aux contraintes spécifiques de l’élevage, tout
en se dotant d’une structure professionnelle de gestion de la SA.

Les services porteront sur du crédit pour l’élevage (approvisionnement,
commercialisation, reconstitution de troupeaux ; pour les éleveurs  les plus
pauvres, prêts en nature de génisses pleines) , de l’épargne, mais aussi des
outils de transfert de fonds entre marché de bétail. Les procédures d’accès au
crédit s’appuieront sur une connaissance approfondie des spécificités du
secteur et sur les pratiques traditionnelles (cautions traditionnelles des
marchés de bétail comme garantie, …). Des « guichets » ouverts dans les marchés
de bétail permettront une très forte proximité avec les éleveurs.

Perspectives

La création de FADEL SA est trop récente pour permettre une évaluation même
sommaire de ses perspectives de développement. Bornons nous à constater à ce
stade que le contexte macro économique et politique est aujourd’hui favorable à
une telle initiative :
- la crise du coton très sévère que connaît le Mali aujourd’hui renforce
l’intérêt de l’élevage dans une perspective de diversification
- la Loi d’Orientation Agricole dont le Mali vient de se doter offre un espace
pour le développement de la diversification dont l’élevage peut profiter
- le contexte institutionnel de la microfinance offre des nouveaux statuts et
des ressources mobilisables par ce type d’innovation
- les éleveurs se structurent en organisations actives, tant au niveau national
que sous régional.
L’initiative de la FADEL SA est un nouvel exemple de l’activité des
organisations de producteurs dans le financement agricole. Souhaitons lui de
trouver équilibre et développement dans ce secteur si difficile.


Betty WAMPFLER
Betty.wampfler@...