Trans.: Re: BIM - Financer l'innovation en agriculture familiale. Le cas descultures en semis direct sous couverture =??b?duln6XRhbGUg?= =??b?KFNDVing?= Madagascar

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    Date : Fri, 16 Oct 2009 15:49:45 -0000
     De : Jean baptiste ZOMA <jbzoma@...>
Répondre à : Jean baptiste ZOMA <jbzoma@...>
 Sujet : Re: BIM - Financer l'innovation en agriculture familiale. Le cas
descultures en semis direct sous couverture végétale (SCV)à Madagascar


Bonjour

Merci de l'éclairage synthétique apporté par ce BIM.
Nous sommes intéressés par l'étude, dans la mesure où nous intervenons aussi
pour financer les innovations en agriculture.
La forme que nous avons adoptée est la subvention à 60% de l'innovation
concernée (par exemple l'irrigation goutte à goutte), les promoteurs
contribuant pour 40%.

Les subventions ont ce quelque chose de pernicieux qu'elles incitent les
promoteurs à ruser par tous les moyens pour ne pas libérer leur contribution.
Cela prend plusieurs formes comme la production de factures dont les prix des
équipements d'innovation sont majorés, etc.

Nous n'avons pas expérimenté le recours au financement par les institutions
financières, convaincues que nous sommes que les risques étant élevés, les
banquiers ne suivront pas.

Nous sommes intéressés par l'étude pour avoir des informations plus détaillées

Merci d'avance de votre collaboration

Jean baptiste ZOMA
Coordonnateur DYFAB
10 BP 13 725 Ouagadougou 10
Burkina Faso
Tél.: +226 50 31 40 52/57
Cell.: +226 70 20 02 82



From: polemicrofin
Sent: Friday, October 16, 2009 2:30 PM
To: forumespacefin@...
Subject: BIM - Financer l'innovation en agriculture familiale. Le cas
descultures en semis direct sous couverture végétale (SCV)à Madagascar


Bonjour à tous,



La modernisation durable des agricultures familiales du Sud repose largement
sur leur capacité à intégrer, donc à  financer l’innovation. Dans un
contexte libéralisé, ce financement est sensé s’opérer par des mécanismes de
marché.  Mais le manque d’accès à des services financiers adaptés (crédit,
épargne, assurance) reste aujourd’hui un obstacle  majeur à un
développement équitable de l’innovation en agriculture. Innover en
agriculture conduit les ménages à une prise de risque élevée, requière des
investissements de moyen et de long terme, dépassant les capacités
d’autofinancement et de garantie de la majorité des ménages agricoles. Par
ailleurs, l’innovation peut comporter une dimension d’intérêt général dont
la légitimité d’un financement individuel par les ménages peut être
questionnée.



Alors que la problématique du financement de la trésorerie de l’activité
agricole et des investissements agricoles est maintenant abondamment
documentée, la question du financement de l’innovation en agriculture
familiale reste peu explorée. Une étude conduite à Madagascar en 2007 a
permis d’éclairer cette problématique à travers l’analyse du financement des
cultures en semis direct sous couverture végétale (SCV) par les ménages
agricoles de la région du Lac Alaotra.



OUSTRY Maud, 2007. Analyse des causes de non remboursement des crédits au
Lac Alaotra. Quelles implications pour les groupements de crédit à caution
solidaire, pour les institutions financières et le projet BV Lac ? Mémoire
d’Ingénieur spécialisation d’Agronomie Tropicale, Institut des Régions
Chaudes Montpellier SupAgro. Encadrement E . Penot (CIRAD) et B.Wampfler
(SupAgro).



Cette étude est disponible en version PDF sur demande.  Le BIM d’aujourd’hui
ne reprend pas spécifiquement la problématique du non remboursement de
crédits solidaires, mais revient brièvement sur les enseignements de cette
étude au regard de la question «Quels dispositifs institutionnels pour le
financement de l’innovation en agriculture familiale ?«. Les pistes de
réflexion esquissées ici seront approfondies et documentées à partir de
l’étude dans un article avenir .



L’étude support de cet article s’est appuyée sur une méthode de recherche
articulant l’analyse du contexte institutionnel, l’étude des systèmes de
financement et l’analyse économique  des ménages agricoles innovateurs.



Le Lac Alaotra se situe dans la région du Moyen Est de Madagascar, au
Nord-Est de la capitale Antananarivo, à environ 250 km de celle-ci. Sa
région est une vaste zone de plaines entourée par un ensemble de collines ou
tanety culminant entre 1100 et 1500m d’altitude et caractérisé par un
processus d’érosion assez agressif, les lavaka. Les plaines ont fait l’objet
d’importants aménagements hydro-agricoles dans la seconde moitié du XX
siècle, faisant de cette région l’un des « greniers à riz » de Madagascar,
comptant plus de 100 000 ha de rizières dont 30 000 ha de périmètres
irrigués et le reste en périmètre traditionnel sans maîtrise de l’eau. C’est
l’une des rares zones de Madagascar excédentaires en riz, avec une
production de 300 000 tonnes de paddy pour la campagne 2004 / 2005,  soit 9
% de la production nationale. La croissance démographique est de l’ordre de
4,2 % par an depuis une vingtaine d’années, bien supérieure à la moyenne
nationale (autour de 2,7 %). La forte pression démographique induit une
pression foncière croissante ; les cultures qui s’étendent sur les collines
posent de graves problèmes d’érosion et d’ensablement des périmètres
d’irrigation. De plus, depuis le désengagement de l’État, la maintenance des
réseaux hydrauliques devient plus difficile, et les rendements ne semblent
plus progresser. C’est dans ce contexte que le Projet de protection et de
mise en valeur des Bassins versants du Lac Alaotra (BV Lac), financé par
l’AFD,  expérimente et diffuse les systèmes de culture en semis direct sous
couverture végétale.



Les systèmes de culture en SCV sont des techniques culturales basées sur la
suppression du travail de la terre (en particulier du labour), la couverture
permanente du sol par de la biomasse végétale (morte ou vivante) et le
“semis direct” à travers cette biomasse (CIRAD 2000). Dans ces systèmes, la
couverture doit jouer un rôle de protection du sol contre l’érosion, de
protection des cultures contre la sécheresse, de frein au développement des
adventices et de production d’une biomasse végétale importante pour la
culture. Dans la région du Lac Alaotra à Madagascar, les systèmes de culture
SCV sont développés en zone sèche et en zone irriguée. Des effets positifs
sont attendus au niveau des ménages (amélioration de la durabilité
écologique, technique et économique des systèmes de production), mais aussi
en termes de biens communs (protection des bassins versant, limitation de
l’ensablement des rizières irriguées).



La question du financement des SCV s’est imposée dès que l’innovation est
entrée dans une phase de diffusion. La mise en œuvre des SCV requière un
investissement  important pour les intrants et le travail pendant au moins
la première année du cycle de culture. Cet investissement dépasse les
capacités d’autofinancement de la majorité des ménages agricoles de cette
région. Pendant une première phase d’expérimentation des systèmes de
culture, ces investissements ont été pris en charge par subvention du projet
BV Lac. Leur diffusion en revanche, et leur adoption à grande échelle par
les ménages ne pouvait être réalisées par le biais de subvention ; l’idée de
la  prise en charge par le marché financier, par le biais d’un crédit SCV
pour les ménages adoptants  s’est alors imposée.  Le contexte du Lac Alaotra
était favorable, avec la présence de deux banques commerciales (BOA et BNI)
et de deux réseaux de microfinance (réseaux mutualistes OTIV et CECAM).
Dans cette zone de forte production rizicole, ces institutions financières
ont développé, sans incitation particulière, une offre de services pour
l’agriculture : financement de la campagne agricole et de manière plus
limitée mais effective, financement de l’équipement agricole. Toutes ont été
sollicitées pour faire du crédit SCV aux ménages.



L’étude réalisée en 2007 a analysé le contexte institutionnel, les étapes de
développement de ce financement de l’innovation et a approfondi l’analyse
des causes de dysfonctionnement observés à cette période. Elle permet de
dégager trois résultats essentiels sur la question du financement de
l’innovation agricole par l’agriculture familiale.



1)     Le financement de l’innovation agricole n’a pas été spontanément pris
en charge par le marché financier.

Les institutions financières (IF) présentes dans la zone, qu’elles soient
banques ou microfinance n’ont pas développé spontanément des crédits aux
ménages pour les SCV. Plusieurs facteurs expliquent cette prudence face à
l’innovation. L’information disponible sur cette activité SCV est limitée :
quelles sont les caractéristiques de cette demande (volumes, montants,
échéanciers…), quels sont les potentiels et  résultats économiques de cette
activité, comment  les ménages agricoles vont-ils l’intégrer, quels degrés
de risque présente-t-elle ? Le niveau de risque de l’innovation reste
important et mal connu. Comment gérer ce risque dans un contexte où la
majorité des ménages sont dans l’incapacité de mobiliser des garanties
matérielles ? Enfin, même si les institutions financières de la place
comptent parmi les premiers réseaux nationaux de Madagascar, leurs
ressources financières restent limitées et insuffisantes pour couvrir les
besoins de financement des activités principales de l’activité principale de
la zone, la riziculture ; distraire une partie de ces ressources précieuses
au profit d’un secteur inconnu et risqué n’est pas une stratégie raisonnable
pour des institutions financières qui, malgré la concurrence, ont encore des
espaces de développement plus sécurisés (riziculture, activités de
transformation, de commerce…) à leur disposition.



2)     Une intermédiation est nécessaire entre les ménages et le marché
financier pour favoriser le financement de l’innovation agricole

Dans le cadre du projet BV Lac, elle a pris deux formes : une intermédiation
publique par le projet de développement, une intermédiation par l’action
collective à travers la mobilisation d’associations de producteurs de SCV.
L’étude a permis d’éclairer les formes de ces deux intermédiations, d’en
montrer les apports, mais aussi les limites.



Ainsi, l’intermédiation du projet de développement a été décisive pour la
production d’ information sur l’innovation, de nature à limiter
l’incertitude pour  les institutions financières et à leur permettre
d’adapter leur offre de financement. En revanche, les approches initiales du
projet en matière d’analyse de la demande de financement des ménages pour
les SCV (estimation des besoins de financement par parcelle de culture)  se
sont avérées décalées par rapport à la réalité des ménages agricoles et ont
pu entrainer les ménages dans un endettement mal maitrisé. Ultérieurement,
l’adoption progressive d’une approche systémique des besoins de financement
de l’entité exploitation/ménage a permis d’améliorer la qualité de
l’intermédiation par le projet.



L’intermédiation par l’action collective a pris les formes classiques d’un
crédit solidaire au sein des associations de producteurs adoptants de
l’innovation, renforcé dans un second temps par des fonds de garantie
mutuels. L’étude analyse de manière approfondie les modalités de
fonctionnement de ce dispositif et ses limites pour le financement de
l’innovation agricole.



3)     Malgré ces deux niveaux intermédiation, il reste un besoin d’Etat et
de politiques publiques pour appuyer le financement de l’innovation par
l’agriculture familiale

L’intermédiation par le projet de développement est par nature temporaire et
pose la question des relais d’après projet pour toutes les fonctions
durablement nécessaires au développement de l’innovation, notamment les
services d’accompagnement. Pour développer les SCV, les ménages agricoles
ont besoin de recherche, de conseil agricole, de formation, de production de
semences… Des politiques publiques restent nécessaires pour impulser et
coordonner les dispositifs susceptibles de produire ces services : marché,
action collective, services publics.



La mobilisation de ressources financières adaptées au financement de
l’innovation agricole familiale reste insuffisante par le seul biais du
marché financier. Une action publique s’avère nécessaire pour renforcer
cette mobilisation via des dispositifs de garantie par exemple, permettant
le refinancement bancaire pour des institutions financières rurales.



La surveillance du secteur financier est un facteur essentiel de son bon
fonctionnement ; c’est particulièrement vrai dans des zones rurales
enclavées où les tentations d’instrumentalisation clientéliste du crédit
peuvent être importantes. Au-delà des dispositifs de contrôle interne, cette
surveillance est du ressort régalien de l’Etat.



Se posent enfin, autour de ce cas des systèmes de culture en semis direct
sous couvert végétal, deux questions qui sont au cœur de l’innovation
agricole :

- Est-il légitime que ce soient les seuls ménages agricoles qui prennent en
charge le financement d’une innovation dont les bénéfices attendus sont pour
une part d’intérêt privé, mais pour une autre part, d’intérêt général (lutte
contre l’érosion, ensablement des rizières…) ?

- Une prise en charge par le marché financier seul pourra-t-elle garantir
l’équité sociale de l’accès à l’innovation ?





B.Wampfler (Montpellier SupAgro) (betty.wampfler@...)
E.Penot (CIRAD) (eric.penot@...)
M.Oustry (Montpellier SupAgro)





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Bonjour à tous,



La modernisation durable des agricultures familiales du Sud repose largement sur
leur capacité à intégrer, donc à  financer l’innovation. Dans un contexte
libéralisé, ce financement est sensé s’opérer par des mécanismes de marché.
Mais le manque d’accès à des services financiers adaptés (crédit, épargne,
assurance) reste aujourd’hui un obstacle  majeur à un  développement équitable
de l’innovation en agriculture. Innover en agriculture conduit les ménages à
une prise de risque élevée, requière des investissements de moyen et de long
terme, dépassant les capacités d’autofinancement et de garantie de la majorité
des ménages agricoles. Par ailleurs, l’innovation peut comporter une dimension
d’intérêt général dont la légitimité d’un financement individuel par les
ménages peut être questionnée.



Alors que la problématique du financement de la trésorerie de l’activité
agricole et des investissements agricoles est maintenant abondamment
documentée, la question du financement de l’innovation en agriculture familiale
reste peu explorée. Une étude conduite à Madagascar en 2007 a permis d’éclairer
cette problématique à travers l’analyse du financement des cultures en semis
direct sous couverture végétale (SCV) par les ménages agricoles de la région du
Lac Alaotra.



OUSTRY Maud, 2007. Analyse des causes de non remboursement des crédits au Lac
Alaotra. Quelles implications pour les groupements de crédit à caution
solidaire, pour les institutions financières et le projet BV Lac ? Mémoire
d’Ingénieur spécialisation d’Agronomie Tropicale, Institut des Régions Chaudes
Montpellier SupAgro. Encadrement E . Penot (CIRAD) et B.Wampfler (SupAgro).



Cette étude est disponible en version PDF sur demande.  Le BIM d’aujourd’hui ne
reprend pas spécifiquement la problématique du non remboursement de crédits
solidaires, mais revient brièvement sur les enseignements de cette étude au
regard de la question «Quels dispositifs institutionnels pour le financement de
l’innovation en agriculture familiale ?«. Les pistes de réflexion esquissées
ici seront approfondies et documentées à partir de l’étude dans un article
avenir .



L’étude support de cet article s’est appuyée sur une méthode de recherche
articulant l’analyse du contexte institutionnel, l’étude des systèmes de
financement et l’analyse économique  des ménages agricoles innovateurs.



Le Lac Alaotra se situe dans la région du Moyen Est de Madagascar, au Nord-Est
de la capitale Antananarivo, à environ 250 km de celle-ci. Sa région est une
vaste zone de plaines entourée par un ensemble de collines ou tanety culminant
entre 1100 et 1500m d’altitude et caractérisé par un processus d’érosion assez
agressif, les lavaka. Les plaines ont fait l’objet d’importants aménagements
hydro-agricoles dans la seconde moitié du XX siècle, faisant de cette région
l’un des « greniers à riz » de Madagascar, comptant plus de 100 000 ha de
rizières dont 30 000 ha de périmètres irrigués et le reste en périmètre
traditionnel sans maîtrise de l’eau. C’est l’une des rares zones de Madagascar
excédentaires en riz, avec une production de 300 000 tonnes de paddy pour la
campagne 2004 / 2005,  soit 9 % de la production nationale. La croissance
démographique est de l’ordre de 4,2 % par an depuis une vingtaine d’années,
bien supérieure à la moyenne nationale (autour de 2,7 %). La forte pression
démographique induit une pression foncière croissante ; les cultures qui
s’étendent sur les collines posent de graves problèmes d’érosion et
d’ensablement des périmètres d’irrigation. De plus, depuis le désengagement de
l’État, la maintenance des réseaux hydrauliques devient plus difficile, et les
rendements ne semblent plus progresser. C’est dans ce contexte que le Projet de
protection et de mise en valeur des Bassins versants du Lac Alaotra (BV Lac),
financé par l’AFD,  expérimente et diffuse les systèmes de culture en semis
direct sous couverture végétale.



Les systèmes de culture en SCV sont des techniques culturales basées sur la
suppression du travail de la terre (en particulier du labour), la couverture
permanente du sol par de la biomasse végétale (morte ou vivante) et le “semis
direct” à travers cette biomasse (CIRAD 2000). Dans ces systèmes, la couverture
doit jouer un rôle de protection du sol contre l’érosion, de protection des
cultures contre la sécheresse, de frein au développement des adventices et de
production d’une biomasse végétale importante pour la culture. Dans la région
du Lac Alaotra à Madagascar, les systèmes de culture SCV sont développés en
zone sèche et en zone irriguée. Des effets positifs sont attendus au niveau des
ménages (amélioration de la durabilité écologique, technique et économique des
systèmes de production), mais aussi en termes de biens communs (protection des
bassins versant, limitation de l’ensablement des rizières irriguées).



La question du financement des SCV s’est imposée dès que l’innovation est entrée
dans une phase de diffusion. La mise en œuvre des SCV requière un
investissement  important pour les intrants et le travail pendant au moins la
première année du cycle de culture. Cet investissement dépasse les capacités
d’autofinancement de la majorité des ménages agricoles de cette région. Pendant
une première phase d’expérimentation des systèmes de culture, ces
investissements ont été pris en charge par subvention du projet BV Lac. Leur
diffusion en revanche, et leur adoption à grande échelle par les ménages ne
pouvait être réalisées par le biais de subvention ; l’idée de la  prise en
charge par le marché financier, par le biais d’un crédit SCV pour les ménages
adoptants  s’est alors imposée.  Le contexte du Lac Alaotra était favorable,
avec la présence de deux banques commerciales (BOA et BNI) et de deux réseaux
de microfinance (réseaux mutualistes OTIV et CECAM).  Dans cette zone de forte
production rizicole, ces institutions financières ont développé, sans
incitation particulière, une offre de services pour l’agriculture : financement
de la campagne agricole et de manière plus limitée mais effective, financement
de l’équipement agricole. Toutes ont été sollicitées pour faire du crédit SCV
aux ménages.



L’étude réalisée en 2007 a analysé le contexte institutionnel, les étapes de
développement de ce financement de l’innovation et a approfondi l’analyse des
causes de dysfonctionnement observés à cette période. Elle permet de dégager
trois résultats essentiels sur la question du financement de l’innovation
agricole par l’agriculture familiale.



1)     Le financement de l’innovation agricole n’a pas été spontanément pris en
charge par le marché financier.

Les institutions financières (IF) présentes dans la zone, qu’elles soient
banques ou microfinance n’ont pas développé spontanément des crédits aux
ménages pour les SCV. Plusieurs facteurs expliquent cette prudence face à
l’innovation. L’information disponible sur cette activité SCV est limitée :
quelles sont les caractéristiques de cette demande (volumes, montants,
échéanciers…), quels sont les potentiels et  résultats économiques de cette
activité, comment  les ménages agricoles vont-ils l’intégrer, quels degrés de
risque présente-t-elle ? Le niveau de risque de l’innovation reste important et
mal connu. Comment gérer ce risque dans un contexte où la majorité des ménages
sont dans l’incapacité de mobiliser des garanties matérielles ? Enfin, même si
les institutions financières de la place comptent parmi les premiers réseaux
nationaux de Madagascar, leurs ressources financières restent limitées et
insuffisantes pour couvrir les besoins de financement des activités principales
de l’activité principale de la zone, la riziculture ; distraire une partie de
ces ressources précieuses au profit d’un secteur inconnu et risqué n’est pas
une stratégie raisonnable pour des institutions financières qui, malgré la
concurrence, ont encore des espaces de développement plus sécurisés
(riziculture, activités de transformation, de commerce…) à leur disposition.



2)     Une intermédiation est nécessaire entre les ménages et le marché
financier pour favoriser le financement de l’innovation agricole

Dans le cadre du projet BV Lac, elle a pris deux formes : une intermédiation
publique par le projet de développement, une intermédiation par l’action
collective à travers la mobilisation d’associations de producteurs de SCV.
L’étude a permis d’éclairer les formes de ces deux intermédiations, d’en
montrer les apports, mais aussi les limites.



Ainsi, l’intermédiation du projet de développement a été décisive pour la
production d’ information sur l’innovation, de nature à limiter l’incertitude
pour  les institutions financières et à leur permettre d’adapter leur offre de
financement. En revanche, les approches initiales du projet en matière
d’analyse de la demande de financement des ménages pour les SCV (estimation des
besoins de financement par parcelle de culture)  se sont avérées décalées par
rapport à la réalité des ménages agricoles et ont pu entrainer les ménages dans
un endettement mal maitrisé. Ultérieurement, l’adoption progressive d’une
approche systémique des besoins de financement de l’entité exploitation/ménage
a permis d’améliorer la qualité de l’intermédiation par le projet.



L’intermédiation par l’action collective a pris les formes classiques d’un
crédit solidaire au sein des associations de producteurs adoptants de
l’innovation, renforcé dans un second temps par des fonds de garantie mutuels.
L’étude analyse de manière approfondie les modalités de fonctionnement de ce
dispositif et ses limites pour le financement de l’innovation agricole.



3)     Malgré ces deux niveaux intermédiation, il reste un besoin d’Etat et de
politiques publiques pour appuyer le financement de l’innovation par
l’agriculture familiale

L’intermédiation par le projet de développement est par nature temporaire et
pose la question des relais d’après projet pour toutes les fonctions
durablement nécessaires au développement de l’innovation, notamment les
services d’accompagnement. Pour développer les SCV, les ménages agricoles ont
besoin de recherche, de conseil agricole, de formation, de production de
semences… Des politiques publiques restent nécessaires pour impulser et
coordonner les dispositifs susceptibles de produire ces services : marché,
action collective, services publics.



La mobilisation de ressources financières adaptées au financement de
l’innovation agricole familiale reste insuffisante par le seul biais du marché
financier. Une action publique s’avère nécessaire pour renforcer cette
mobilisation via des dispositifs de garantie par exemple, permettant le
refinancement bancaire pour des institutions financières rurales.



La surveillance du secteur financier est un facteur essentiel de son bon
fonctionnement ; c’est particulièrement vrai dans des zones rurales enclavées
où les tentations d’instrumentalisation clientéliste du crédit peuvent être
importantes. Au-delà des dispositifs de contrôle interne, cette surveillance
est du ressort régalien de l’Etat.



Se posent enfin, autour de ce cas des systèmes de culture en semis direct sous
couvert végétal, deux questions qui sont au cœur de l’innovation agricole :

- Est-il légitime que ce soient les seuls ménages agricoles qui prennent en
charge le financement d’une innovation dont les bénéfices attendus sont pour
une part d’intérêt privé, mais pour une autre part, d’intérêt général (lutte
contre l’érosion, ensablement des rizières…) ?

- Une prise en charge par le marché financier seul pourra-t-elle garantir
l’équité sociale de l’accès à l’innovation ?





B.Wampfler (Montpellier SupAgro) (betty.wampfler@...)

E.Penot (CIRAD) (eric.penot@...)

M.Oustry (Montpellier SupAgro)






----- Fin du message transféré -----

Bonjour
 
Merci de l'éclairage synthétique apporté par ce BIM.
Nous sommes intéressés par l'étude, dans la mesure où nous intervenons aussi pour financer les innovations en agriculture.
La forme que nous avons adoptée est la subvention à 60% de l'innovation concernée (par exemple l'irrigation goutte à goutte) , les promoteurs contribuant pour 40%.
 
Les subventions ont ce quelque chose de pernicieux qu'elles incitent les promoteurs à ruser par tous les moyens pour ne pas libérer leur contribution. Cela prend plusieurs formes comme la production de factures dont les prix des équipements d'innovation sont majorés, etc.
 
Nous n'avons pas expérimenté le recours au financement par les institutions financières, convaincues que nous sommes que les risques étant élevés, les banquiers ne suivront pas.
 
Nous sommes intéressés par l'étude pour avoir des informations plus détaillées
 
Merci d'avance de votre collaboration
 
Jean baptiste ZOMA
Coordonnateur DYFAB
10 BP 13 725 Ouagadougou 10
Burkina Faso
Tél.: +226 50 31 40 52/57
Cell.: +226 70 20 02 82
 

Sent: Friday, October 16, 2009 2:30 PM
Subject: BIM - Financer l'innovation en agriculture familiale. Le cas descultures en semis direct sous couverture végétale (SCV)à Madagascar

Bonjour à tous,



La modernisation durable des agricultures familiales du Sud repose largement
sur leur capacité à intégrer, donc à  financer l’innovation. Dans un
contexte libéralisé, ce financement est sensé s’opérer par des mécanismes de
marché.  Mais le manque d’accès à des services financiers adaptés (crédit,
épargne, assurance) reste aujourd’hui un obstacle  majeur à un
développement équitable de l’innovation en agriculture. Innover en
agriculture conduit les ménages à une prise de risque élevée, requière des
investissements de moyen et de long terme, dépassant les capacités
d’autofinancement et de garantie de la majorité des ménages agricoles. Par
ailleurs, l’innovation peut comporter une dimension d’intérêt général dont
la légitimité d’un financement individuel par les ménages peut être
questionnée.



Alors que la problématique du financement de la trésorerie de l’activité
agricole et des investissements agricoles est maintenant abondamment
documentée, la question du financement de l’innovation en agriculture
familiale reste peu explorée. Une étude conduite à Madagascar en 2007 a
permis d’éclairer cette problématique à travers l’analyse du financement des
cultures en semis direct sous couverture végétale (SCV) par les ménages
agricoles de la région du Lac Alaotra.



OUSTRY Maud, 2007. Analyse des causes de non remboursement des crédits au
Lac Alaotra. Quelles implications pour les groupements de crédit à caution
solidaire, pour les institutions financières et le projet BV Lac ? Mémoire
d’Ingénieur spécialisation d’Agronomie Tropicale, Institut des Régions
Chaudes Montpellier SupAgro. Encadrement E . Penot (CIRAD) et B.Wampfler
(SupAgro).



Cette étude est disponible en version PDF sur demande.  Le BIM d’aujourd’hui
ne reprend pas spécifiquement la problématique du non remboursement de
crédits solidaires, mais revient brièvement sur les enseignements de cette
étude au regard de la question «Quels dispositifs institutionnels pour le
financement de l’innovation en agriculture familiale ?«. Les pistes de
réflexion esquissées ici seront approfondies et documentées à partir de
l’étude dans un article avenir .



L’étude support de cet article s’est appuyée sur une méthode de recherche
articulant l’analyse du contexte institutionnel, l’étude des systèmes de
financement et l’analyse économique  des ménages agricoles innovateurs.



Le Lac Alaotra se situe dans la région du Moyen Est de Madagascar, au
Nord-Est de la capitale Antananarivo, à environ 250 km de celle-ci. Sa
région est une vaste zone de plaines entourée par un ensemble de collines ou
tanety culminant entre 1100 et 1500m d’altitude et caractérisé par un
processus d’érosion assez agressif, les lavaka. Les plaines ont fait l’objet
d’importants aménagements hydro-agricoles dans la seconde moitié du XX
siècle, faisant de cette région l’un des « greniers à riz » de Madagascar,
comptant plus de 100 000 ha de rizières dont 30 000 ha de périmètres
irrigués et le reste en périmètre traditionnel sans maîtrise de l’eau. C’est
l’une des rares zones de Madagascar excédentaires en riz, avec une
production de 300 000 tonnes de paddy pour la campagne 2004 / 2005,  soit 9
% de la production nationale. La croissance démographique est de l’ordre de
4,2 % par an depuis une vingtaine d’années, bien supérieure à la moyenne
nationale (autour de 2,7 %). La forte pression démographique induit une
pression foncière croissante ; les cultures qui s’étendent sur les collines
posent de graves problèmes d’érosion et d’ensablement des périmètres
d’irrigation. De plus, depuis le désengagement de l’État, la maintenance des
réseaux hydrauliques devient plus difficile, et les rendements ne semblent
plus progresser. C’est dans ce contexte que le Projet de protection et de
mise en valeur des Bassins versants du Lac Alaotra (BV Lac), financé par
l’AFD,  expérimente et diffuse les systèmes de culture en semis direct sous
couverture végétale.



Les systèmes de culture en SCV sont des techniques culturales basées sur la
suppression du travail de la terre (en particulier du labour), la couverture
permanente du sol par de la biomasse végétale (morte ou vivante) et le
“semis direct” à travers cette biomasse (CIRAD 2000). Dans ces systèmes, la
couverture doit jouer un rôle de protection du sol contre l’érosion, de
protection des cultures contre la sécheresse, de frein au développement des
adventices et de production d’une biomasse végétale importante pour la
culture. Dans la région du Lac Alaotra à Madagascar, les systèmes de culture
SCV sont développés en zone sèche et en zone irriguée. Des effets positifs
sont attendus au niveau des ménages (amélioration de la durabilité
écologique, technique et économique des systèmes de production), mais aussi
en termes de biens communs (protection des bassins versant, limitation de
l’ensablement des rizières irriguées).



La question du financement des SCV s’est imposée dès que l’innovation est
entrée dans une phase de diffusion. La mise en œuvre des SCV requière un
investissement  important pour les intrants et le travail pendant au moins
la première année du cycle de culture. Cet investissement dépasse les
capacités d’autofinancement de la majorité des ménages agricoles de cette
région. Pendant une première phase d’expérimentation des systèmes de
culture, ces investissements ont été pris en charge par subvention du projet
BV Lac. Leur diffusion en revanche, et leur adoption à grande échelle par
les ménages ne pouvait être réalisées par le biais de subvention ; l’idée de
la  prise en charge par le marché financier, par le biais d’un crédit SCV
pour les ménages adoptants  s’est alors imposée.  Le contexte du Lac Alaotra
était favorable, avec la présence de deux banques commerciales (BOA et BNI)
et de deux réseaux de microfinance (réseaux mutualistes OTIV et CECAM).
Dans cette zone de forte production rizicole, ces institutions financières
ont développé, sans incitation particulière, une offre de services pour
l’agriculture : financement de la campagne agricole et de manière plus
limitée mais effective, financement de l’équipement agricole. Toutes ont été
sollicitées pour faire du crédit SCV aux ménages.



L’étude réalisée en 2007 a analysé le contexte institutionnel, les étapes de
développement de ce financement de l’innovation et a approfondi l’analyse
des causes de dysfonctionnement observés à cette période. Elle permet de
dégager trois résultats essentiels sur la question du financement de
l’innovation agricole par l’agriculture familiale.



1)     Le financement de l’innovation agricole n’a pas été spontanément pris
en charge par le marché financier.

Les institutions financières (IF) présentes dans la zone, qu’elles soient
banques ou microfinance n’ont pas développé spontanément des crédits aux
ménages pour les SCV. Plusieurs facteurs expliquent cette prudence face à
l’innovation. L’information disponible sur cette activité SCV est limitée :
quelles sont les caractéristiques de cette demande (volumes, montants,
échéanciers…), quels sont les potentiels et  résultats économiques de cette
activité, comment  les ménages agricoles vont-ils l’intégrer, quels degrés
de risque présente-t-elle ? Le niveau de risque de l’innovation reste
important et mal connu. Comment gérer ce risque dans un contexte où la
majorité des ménages sont dans l’incapacité de mobiliser des garanties
matérielles ? Enfin, même si les institutions financières de la place
comptent parmi les premiers réseaux nationaux de Madagascar, leurs
ressources financières restent limitées et insuffisantes pour couvrir les
besoins de financement des activités principales de l’activité principale de
la zone, la riziculture ; distraire une partie de ces ressources précieuses
au profit d’un secteur inconnu et risqué n’est pas une stratégie raisonnable
pour des institutions financières qui, malgré la concurrence, ont encore des
espaces de développement plus sécurisés (riziculture, activités de
transformation, de commerce…) à leur disposition.



2)     Une intermédiation est nécessaire entre les ménages et le marché
financier pour favoriser le financement de l’innovation agricole

Dans le cadre du projet BV Lac, elle a pris deux formes : une intermédiation
publique par le projet de développement, une intermédiation par l’action
collective à travers la mobilisation d’associations de producteurs de SCV.
L’étude a permis d’éclairer les formes de ces deux intermédiations, d’en
montrer les apports, mais aussi les limites.



Ainsi, l’intermédiation du projet de développement a été décisive pour la
production d’ information sur l’innovation, de nature à limiter
l’incertitude pour  les institutions financières et à leur permettre
d’adapter leur offre de financement. En revanche, les approches initiales du
projet en matière d’analyse de la demande de financement des ménages pour
les SCV (estimation des besoins de financement par parcelle de culture)  se
sont avérées décalées par rapport à la réalité des ménages agricoles et ont
pu entrainer les ménages dans un endettement mal maitrisé. Ultérieurement,
l’adoption progressive d’une approche systémique des besoins de financement
de l’entité exploitation/ménage a permis d’améliorer la qualité de
l’intermédiation par le projet.



L’intermédiation par l’action collective a pris les formes classiques d’un
crédit solidaire au sein des associations de producteurs adoptants de
l’innovation, renforcé dans un second temps par des fonds de garantie
mutuels. L’étude analyse de manière approfondie les modalités de
fonctionnement de ce dispositif et ses limites pour le financement de
l’innovation agricole.



3)     Malgré ces deux niveaux intermédiation, il reste un besoin d’Etat et
de politiques publiques pour appuyer le financement de l’innovation par
l’agriculture familiale

L’intermédiation par le projet de développement est par nature temporaire et
pose la question des relais d’après projet pour toutes les fonctions
durablement nécessaires au développement de l’innovation, notamment les
services d’accompagnement. Pour développer les SCV, les ménages agricoles
ont besoin de recherche, de conseil agricole, de formation, de production de
semences… Des politiques publiques restent nécessaires pour impulser et
coordonner les dispositifs susceptibles de produire ces services : marché,
action collective, services publics.



La mobilisation de ressources financières adaptées au financement de
l’innovation agricole familiale reste insuffisante par le seul biais du
marché financier. Une action publique s’avère nécessaire pour renforcer
cette mobilisation via des dispositifs de garantie par exemple, permettant
le refinancement bancaire pour des institutions financières rurales.



La surveillance du secteur financier est un facteur essentiel de son bon
fonctionnement ; c’est particulièrement vrai dans des zones rurales
enclavées où les tentations d’instrumentalisation clientéliste du crédit
peuvent être importantes. Au-delà des dispositifs de contrôle interne, cette
surveillance est du ressort régalien de l’Etat.



Se posent enfin, autour de ce cas des systèmes de culture en semis direct
sous couvert végétal, deux questions qui sont au cœur de l’innovation
agricole :

- Est-il légitime que ce soient les seuls ménages agricoles qui prennent en
charge le financement d’une innovation dont les bénéfices attendus sont pour
une part d’intérêt privé, mais pour une autre part, d’intérêt général (lutte
contre l’érosion, ensablement des rizières…) ?

- Une prise en charge par le marché financier seul pourra-t-elle garantir
l’équité sociale de l’accès à l’innovation ?





B.Wampfler (Montpellier SupAgro) (betty.wampfler@...)
E.Penot (CIRAD) (eric.penot@...)
M.Oustry (Montpellier SupAgro)



Bonjour à tous,

 

La modernisation durable des agricultures familiales du Sud repose largement sur leur capacité à intégrer, donc à  financer l’innovation. Dans un contexte libéralisé, ce financement est sensé s’opérer par des mécanismes de marché.  Mais le manque d’accès à des services financiers adaptés (crédit, épargne, assurance) reste aujourd’hui un obstacle  majeur à un  développement équitable de l’innovation en agriculture. Innover en agriculture conduit les ménages à une prise de risque élevée, requière des investissements de moyen et de long terme, dépassant les capacités d’autofinancement et de garantie de la majorité des ménages agricoles. Par ailleurs, l’innovation peut comporter une dimension d’intérêt général dont la légitimité d’un financement individuel par les ménages peut être questionnée.

 

Alors que la problématique du financement de la trésorerie de l’activité agricole et des investissements agricoles est maintenant abondamment documentée, la question du financement de l’innovation en agriculture familiale reste peu explorée. Une étude conduite à Madagascar en 2007 a permis d’éclairer cette problématique à travers l’analyse du financement des cultures en semis direct sous couverture végétale (SCV) par les ménages agricoles de la région du Lac Alaotra.

 

OUSTRY Maud, 2007. Analyse des causes de non remboursement des crédits au Lac Alaotra. Quelles implications pour les groupements de crédit à caution solidaire, pour les institutions financières et le projet BV Lac ? Mémoire d’Ingénieur spécialisation d’Agronomie Tropicale, Institut des Régions Chaudes Montpellier SupAgro. Encadrement E . Penot (CIRAD) et B.Wampfler (SupAgro).

 

Cette étude est disponible en version PDF sur demande.  Le BIM d’aujourd’hui ne reprend pas spécifiquement la problématique du non remboursement de crédits solidaires, mais revient brièvement sur les enseignements de cette étude au regard de la question «Quels dispositifs institutionnels pour le financement de l’innovation en agriculture familiale ?«. Les pistes de réflexion esquissées ici seront approfondies et documentées à partir de l’étude dans un article avenir .

 

L’étude support de cet article s’est appuyée sur une méthode de recherche articulant l’analyse du contexte institutionnel, l’étude des systèmes de financement et l’analyse économique  des ménages agricoles innovateurs.

 

Le Lac Alaotra se situe dans la région du Moyen Est de Madagascar, au Nord-Est de la capitale Antananarivo, à environ 250 km de celle-ci. Sa région est une vaste zone de plaines entourée par un ensemble de collines ou tanety culminant entre 1100 et 1500m d’altitude et caractérisé par un processus d’érosion assez agressif, les lavaka. Les plaines ont fait l’objet d’importants aménagements hydro-agricoles dans la seconde moitié du XX siècle, faisant de cette région l’un des « greniers à riz » de Madagascar, comptant plus de 100 000 ha de rizières dont 30 000 ha de périmètres irrigués et le reste en périmètre traditionnel sans maîtrise de l’eau. C’est l’une des rares zones de Madagascar excédentaires en riz, avec une production de 300 000 tonnes de paddy pour la campagne 2004 / 2005,  soit 9 % de la production nationale. La croissance démographique est de l’ordre de 4,2 % par an depuis une vingtaine d’années, bien supérieure à la moyenne nationale (autour de 2,7 %). La forte pression démographique induit une pression foncière croissante ; les cultures qui s’étendent sur les collines posent de graves problèmes d’érosion et d’ensablement des périmètres d’irrigation. De plus, depuis le désengagement de l’État, la maintenance des réseaux hydrauliques devient plus difficile, et les rendements ne semblent plus progresser. C’est dans ce contexte que le Projet de protection et de mise en valeur des Bassins versants du Lac Alaotra (BV Lac), financé par l’AFD,  expérimente et diffuse les systèmes de culture en semis direct sous couverture végétale.

 

Les systèmes de culture en SCV sont des techniques culturales basées sur la suppression du travail de la terre (en particulier du labour), la couverture permanente du sol par de la biomasse végétale (morte ou vivante) et le “semis direct” à travers cette biomasse (CIRAD 2000). Dans ces systèmes, la couverture doit jouer un rôle de protection du sol contre l’érosion, de protection des cultures contre la sécheresse, de frein au développement des adventices et de production d’une biomasse végétale importante pour la culture. Dans la région du Lac Alaotra à Madagascar, les systèmes de culture SCV sont développés en zone sèche et en zone irriguée. Des effets positifs sont attendus au niveau des ménages (amélioration de la durabilité écologique, technique et économique des systèmes de production), mais aussi en termes de biens communs (protection des bassins versant, limitation de l’ensablement des rizières irriguées).

 

La question du financement des SCV s’est imposée dès que l’innovation est entrée dans une phase de diffusion. La mise en œuvre des SCV requière un investissement  important pour les intrants et le travail pendant au moins la première année du cycle de culture. Cet investissement dépasse les capacités d’autofinancement de la majorité des ménages agricoles de cette région. Pendant une première phase d’expérimentation des systèmes de culture, ces investissements ont été pris en charge par subvention du projet BV Lac. Leur diffusion en revanche, et leur adoption à grande échelle par les ménages ne pouvait être réalisées par le biais de subvention ; l’idée de la  prise en charge par le marché financier, par le biais d’un crédit SCV pour les ménages adoptants  s’est alors imposée.  Le contexte du Lac Alaotra était favorable, avec la présence de deux banques commerciales (BOA et BNI) et de deux réseaux de microfinance (réseaux mutualistes OTIV et CECAM).  Dans cette zone de forte production rizicole, ces institutions financières ont développé, sans incitation particulière, une offre de services pour l’agriculture : financement de la campagne agricole et de manière plus limitée mais effective, financement de l’équipement agricole. Toutes ont été sollicitées pour faire du crédit SCV aux ménages.   

 

L’étude réalisée en 2007 a analysé le contexte institutionnel, les étapes de développement de ce financement de l’innovation et a approfondi l’analyse des causes de dysfonctionnement observés à cette période. Elle permet de dégager trois résultats essentiels sur la question du financement de l’innovation agricole par l’agriculture familiale.

 

1)     Le financement de l’innovation agricole n’a pas été spontanément pris en charge par le marché financier.

Les institutions financières (IF) présentes dans la zone, qu’elles soient banques ou microfinance n’ont pas développé spontanément des crédits aux ménages pour les SCV. Plusieurs facteurs expliquent cette prudence face à l’innovation. L’information disponible sur cette activité SCV est limitée : quelles sont les caractéristiques de cette demande (volumes, montants, échéanciers…), quels sont les potentiels et  résultats économiques de cette activité, comment  les ménages agricoles vont-ils l’intégrer, quels degrés de risque présente-t-elle ? Le niveau de risque de l’innovation reste important et mal connu. Comment gérer ce risque dans un contexte où la majorité des ménages sont dans l’incapacité de mobiliser des garanties matérielles ? Enfin, même si les institutions financières de la place comptent parmi les premiers réseaux nationaux de Madagascar, leurs ressources financières restent limitées et insuffisantes pour couvrir les besoins de financement des activités principales de l’activité principale de la zone, la riziculture ; distraire une partie de ces ressources précieuses au profit d’un secteur inconnu et risqué n’est pas une stratégie raisonnable pour des institutions financières qui, malgré la concurrence, ont encore des espaces de développement plus sécurisés (riziculture, activités de transformation, de commerce…) à leur disposition.

 

2)     Une intermédiation est nécessaire entre les ménages et le marché financier pour favoriser le financement de l’innovation agricole

Dans le cadre du projet BV Lac, elle a pris deux formes : une intermédiation publique par le projet de développement, une intermédiation par l’action collective à travers la mobilisation d’associations de producteurs de SCV. L’étude a permis d’éclairer les formes de ces deux intermédiations, d’en montrer les apports, mais aussi les limites.

 

Ainsi, l’intermédiation du projet de développement a été décisive pour la production d’ information sur l’innovation, de nature à limiter l’incertitude pour  les institutions financières et à leur permettre d’adapter leur offre de financement. En revanche, les approches initiales du projet en matière d’analyse de la demande de financement des ménages pour les SCV (estimation des besoins de financement par parcelle de culture)  se sont avérées décalées par rapport à la réalité des ménages agricoles et ont pu entrainer les ménages dans un endettement mal maitrisé. Ultérieurement, l’adoption progressive d’une approche systémique des besoins de financement de l’entité exploitation/ménage a permis d’améliorer la qualité de l’intermédiation par le projet.

 

L’intermédiation par l’action collective a pris les formes classiques d’un crédit solidaire au sein des associations de producteurs adoptants de l’innovation, renforcé dans un second temps par des fonds de garantie mutuels. L’étude analyse de manière approfondie les modalités de fonctionnement de ce dispositif et ses limites pour le financement de l’innovation agricole.   

 

3)     Malgré ces deux niveaux intermédiation, il reste un besoin d’Etat et de politiques publiques pour appuyer le financement de l’innovation par l’agriculture familiale

L’intermédiation par le projet de développement est par nature temporaire et pose la question des relais d’après projet pour toutes les fonctions durablement nécessaires au développement de l’innovation, notamment les services d’accompagnement. Pour développer les SCV, les ménages agricoles ont besoin de recherche, de conseil agricole, de formation, de production de semences… Des politiques publiques restent nécessaires pour impulser et coordonner les dispositifs susceptibles de produire ces services : marché, action collective, services publics.

 

La mobilisation de ressources financières adaptées au financement de l’innovation agricole familiale reste insuffisante par le seul biais du marché financier. Une action publique s’avère nécessaire pour renforcer cette mobilisation via des dispositifs de garantie par exemple, permettant le refinancement bancaire pour des institutions financières rurales.

 

La surveillance du secteur financier est un facteur essentiel de son bon fonctionnement ; c’est particulièrement vrai dans des zones rurales enclavées où les tentations d’instrumentalisation clientéliste du crédit peuvent être importantes. Au-delà des dispositifs de contrôle interne, cette surveillance est du ressort régalien de l’Etat.     

 

Se posent enfin, autour de ce cas des systèmes de culture en semis direct sous couvert végétal, deux questions qui sont au cœur de l’innovation agricole :

- Est-il légitime que ce soient les seuls ménages agricoles qui prennent en charge le financement d’une innovation dont les bénéfices attendus sont pour une part d’intérêt privé, mais pour une autre part, d’intérêt général (lutte contre l’érosion, ensablement des rizières…) ?  

- Une prise en charge par le marché financier seul pourra-t-elle garantir l’équité sociale de l’accès à l’innovation ?

 

 

B.Wampfler (Montpellier SupAgro) (betty.wampfler@...)

E.Penot (CIRAD) (eric.penot@...)

M.Oustry (Montpellier SupAgro)